Sociétés minières étrangères : quand le contenu local devient un simple slogan

MADAR/Nouakchott le 08-07-2026

La Mauritanie a fait du secteur minier l’un des piliers de son développement économique. À ce titre, les sociétés minières étrangères opérant sur son territoire ne devraient pas seulement être des exploitantes de ressources, mais aussi des partenaires loyaux dans la construction d’une économie nationale plus juste, plus compétente et plus souveraine.

Or, certaines pratiques observées dans ce secteur suscitent aujourd’hui de sérieuses interrogations. Le recrutement du personnel, qui devrait reposer sur la compétence, l’expérience et le mérite, semble parfois obéir à des considérations étrangères aux critères professionnels : tribalisme, clientélisme, favoritisme ou réseaux d’influence. Dans certains cas, les recrutements paraissent même taillés sur mesure, à travers des critères subjectivement sélectionnés et préétablis, donnant l’impression qu’ils sont orientés vers des personnes proches ou déjà identifiées, au détriment de la transparence et de l’égalité des chances.

Ces pratiques sont d’autant plus préoccupantes qu’elles interviennent au moment même où les pouvoirs publics mauritaniens affichent une volonté claire de promouvoir un recrutement fondé sur la transparence, l’équité et la valeur réelle des compétences.

À cela s’ajoute le non-respect, ou le respect insuffisant, des obligations contractuelles, notamment celles relatives au contenu local. Le contenu local ne peut être réduit à une formule administrative figurant dans les conventions ou les cahiers des charges. Il doit se traduire concrètement par l’emploi des Mauritaniens, la promotion des entreprises nationales, la formation des cadres locaux et l’intégration progressive des compétences nationales dans les postes de responsabilité.

Il convient également d’attirer l’attention sur l’existence de certaines sociétés minières étrangères qui continuent, de manière anormale, à détenir des titres miniers ou des projets d’exploitation pendant six à sept années, sans entamer un quelconque travail effectif d’exploitation. Une telle situation pose une véritable question de sérieux, de respect des engagements pris et d’optimisation des ressources nationales, dès lors que ces titres peuvent rester immobilisés sans retombées économiques concrètes pour le pays et ce, en violation flagrante de la règlementation en vigueur en Mauritanie.

Dans ce cadre, les pouvoirs publics chargés du suivi et de l’encadrement des sociétés minières étrangères opérant en Mauritanie doivent veiller à ce que celles-ci respectent scrupuleusement les intérêts et les droits du personnel cadre mauritanien, notamment de ceux qui les ont accompagnées depuis les premières phases de leur installation jusqu’à leur implantation définitive dans le pays. Comme cela a été recommandé à Madame la Ministre en charge du Travail lors de son récent passage au Parlement, les inspecteurs du Travail, ainsi que les autres services compétents, doivent être davantage sensibilisés et mobilisés pour assurer le contrôle effectif du respect, par les sociétés étrangères, de la réglementation mauritanienne du travail, des engagements contractuels et des obligations relatives à l’emploi national.

Le manquement aux obligations de mauritanisation de l’emploi constitue, à cet égard, un dérapage grave. Il prive de nombreux jeunes Mauritaniens qualifiés d’opportunités légitimes, fragilise la confiance entre les populations et les investisseurs, et donne le sentiment que les richesses nationales profitent davantage à l’extérieur qu’aux citoyens du pays.

Plus grave encore, ces pratiques compromettent la politique de transfert de compétences prônée par la Mauritanie. Car il ne peut y avoir de partenariat durable si les nationaux restent confinés à des fonctions secondaires, sans accès réel aux responsabilités techniques, administratives et managériales.

Les sociétés minières étrangères sont les bienvenues lorsqu’elles respectent les lois, les engagements contractuels et la dignité des travailleurs mauritaniens. Mais elles doivent comprendre qu’investir en Mauritanie implique aussi une responsabilité : celle de contribuer sincèrement au développement du pays, à la promotion de ses compétences, à la valorisation de ses ressources et au respect de ses choix souverains.

Le secteur minier ne doit pas devenir un espace de reproduction des injustices, ni un terrain d’immobilisation improductive des richesses nationales, mais un levier d’équité, de compétence, d’investissement réel et de progrès partagé.

Cheikh TIJANY

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