MADAR/Nouakchott le 18-07-2026
Un contentieux de 13 ans qui met à l’épreuve la crédibilité de la justice mauritanienne aux yeux des investisseurs
L’affaire refait surface. 13 ans après la signature du contrat, l’investisseur portugais Vasco Louro, présent en Mauritanie depuis 20 ans dans le secteur de la pêche à Nouadhibou, est toujours empêtré dans un contentieux avec la société mauritanienne KP Pêche. Un dossier devenu emblématique et qui, selon le député Youssouf Sylla, « terne l’image du pays et fait fuir les investisseurs ».
Les faits : Un contrat de 2012, des zones d’ombre
Tout part d’un contrat de vente signé le 19/03/2012 portant sur le navire Castelinos Mar immatriculé A-3277-C.
Montant : 200 000 Euros, soit environ 80 Millions d’ouguiyas MRO.
Modalités : 100 000 euros cash + 4 tranches de 25 000 euros.
Feu vert officiel : Le gouvernement portugais autorise la vente à la Mauritanie en 2019.
Le bateau est livré à KP Pêche. C’est là que les problèmes commencent.
Selon les éléments présentés : les papiers du navire auraient été falsifiés. Le Castelinos Mar, construit en France en 1982 à Boulogne-sur-Mer et immatriculé au Portugal en 1988, apparaîtrait dans de nouveaux documents comme « construit en Espagne » avec un certificat de jaugeage établi à Madrid qui n’est pas une ville maritime et où il n’existe même pas d’océan, une anomalie relevée par plusieurs observateurs.
L’objectif présumé de cette manœuvre : se soustraire au paiement du solde.
Le second volet : La réparation non payée
Le navire, devenu épave et rebaptisé KEMANE 607/DMM, est envoyé au Portugal pour réparation. Vasco Louro obtient une procuration de 2 mois le 16 juin 2023.
La réparation est effectuée. Facture : plus de 100 000 euros. Impayée.
À son retour en Mauritanie, Vasco Louro est interpellé, jugé et condamné à 2 ans de prison.
Après versement d’une caution de 80 Millions d’ouguiyas, il obtient une liberté provisoire avec interdiction de quitter le territoire et surveillance policière.
Lors d’une demande d’évacuation sanitaire vers le Maroc, il est à nouveau arrêté pour « tentative de fuite » alors qu’il s’était présenté avec son passeport aux services compétents.
Une fois libéré, il se rend au Portugal et rapatrie le bateau, qu’il remet à l’acquéreur. Bilan : ni la facture de réparation, ni la caution, ni les frais annexes – soit environ 150 Millions d’ouguiyas – n’ont été remboursés.
Un parcours judiciaire labyrinthique
Le dossier a été jugé au Tribunal de Nouadhibou, renvoyé en appel à Nouakchott, puis renvoyé par la Cour Suprême au Tribunal de Nouadhibou sans décision au fond.
Son avocat dénonce des « irrégularités de procédure ». Les autorités portugaises ont été saisies.
Pourquoi cette affaire préoccupe
Au-delà du litige commercial, c’est l’image de la Mauritanie qui est en jeu. Au moment où le pays entre dans l’ère du gaz et cherche à attirer des IDE massifs, ce type de dossier envoie un signal négatif.
3 points critiques soulevés :
D’abord la sécurité juridique des contrats : Comment un contrat signé, avec feu vert d’un État étranger, peut-il rester 13 ans sans exécution définitive ?
Ensuite la célérité de la justice : Les renvois successifs et l’absence de décision au fond entretiennent l’insécurité judiciaire.
Et enfin le traitement des investisseurs étrangers : Arrestations, cautions élevées, restrictions de mouvement. Des pratiques qui inquiètent la communauté d’affaires.
La position du député Youssouf Sylla
Saisissant la presse ce matin, le député Youssouf Sylla a appelé à ce que « la justice reste indépendante et fasse son travail ».
Pour lui, il y va « de l’intérêt du pays et de sa bonne image aux yeux des investisseurs ». Il plaide pour un jugement rapide, équitable et conforme aux procédures, afin de tourner la page et restaurer la confiance.
L’enjeu : Protéger le climat des affaires
La Mauritanie de 2026 ne peut plus se permettre des contentieux qui s’éternisent. Avec l’arrivée du gaz, de l’hydrogène et des grands groupes internationaux, l’exigence est simple : des tribunaux commerciaux efficaces, des décisions exécutoires, et une égalité de traitement entre nationaux et étrangers.
L’affaire Vasco Louro doit devenir l’occasion d’un électrochoc. Pas pour condamner, mais pour montrer que la justice mauritanienne est capable de trancher vite, en droit, et de protéger à la fois l’investisseur et l’intérêt national.
Le pays a besoin d’investisseurs qui restent 20 ans. Il lui faut aussi une justice à la hauteur de ses ambitions économiques.


Par Bakari Gueye






