Appui à l’éducation de base dans la moughataa de Kiffa

MADAR/Nouakchott le 14-06-2026

L’école constitue un creuset, un lieu privilégié pour acquérir les B.A.B.A d’une éducation de qualité et un paravent pour la protection de l’enfance.

D’un point de vue officiel la situation du secteur de l’éducation au niveau de la wilaya de l’Assaba est plutôt bonne. C’est l’avis de Batna Ourwata Abdalla, directeur régional de l’Education Nationale (DREN) qui a salué l’accompagnement des ONG dont l’UNICEF.

Dans l’entretien qu’il nous a accordé à l’occasion d’une récente visite en Assaba d’une mission de presse du Réseau des Journalistes Amis de l’Enfance (REJADE) organisée conjointement par le ministère de la culture des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement et l’UNICEF, le DREN a mis en exergue l’intérêt de l’école pour l’enfant, soulignant qu’au niveau de la wilaya, le taux de scolarisation est en hausse. Il est de 75%. Les filles représentent 51% des effectifs.

La couverture en enseignants est assurée grâce au recrutement des contractuels.

La DREN de l’Assaba peut compter sur 3 principaux partenaires, l’UNICEF, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et World Vision, ajoute le directeur régional. Ces ONG interviennent dans les moughataas de Kiffa (Aghoratt, Kiffa) et Kankossa.

Il a salué le rôle joué par le PAM qui intervient dans le domaine de la nutrition par le biais des cantines scolaires. Cela est dit-il important pour la rétention des enfants et la lutte contre la déperdition scolaire.

Au niveau de la wilaya les statistiques dans le domaine de la nutrition se présentent comme suit : Pour les cantines dépendant du PAM il y a 28 cantines à Kiffa profitant à 3801 bénéficiaires ; 29 cantines à Kankossa pour 4248 bénéficiaires et 10 cantines à Barkéol au profit de 1490 bénéficiaires, soit un total de 67 cantines pour 9539 bénéficiaires.

A cela s’ajoutent les cantines scolaires du Programme National d’Alimentation Scolaire (PANAS) pris en charge par le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) et TAAZOUR. On compte 30 cantines à Kiffa pour 2039 bénéficiaires ; 18 à Kankossa pour 1270 bénéficiaires ;  40 à Barkéol pour 3914 bénéficiaires ; 21 à Boumdeid pour 1590 bénéficiaires et 16 à Guérou pour 1286 bénéficiaires.

Selon le DREN de l’Assaba l’UNICEF qu’il a qualifié de partenaire privilégié intervient dans le renforcement des capacités des enseignants avec la mise en œuvre de modules de formation en collaboration avec la direction de l’enseignement fondamental (DEF).

Elle contribue à la formation des inspecteurs qui, à leur tour, forment les enseignants sur des approches novatrices (formation des formateurs).

L’UNICEF intervient aussi, selon le DREN dans la constitution et l’encadrement des clubs scolaires ; dans l’appui aux cours de soutien pour les élèves de la 6ème année du fondamental ainsi que l’appui aux Comités de Gestion Scolaires (COGES) qui bénéficient d’un appui financier allant de 10.000 à 15.000 MRU en guise de fonds de roulement destiné aux Activités génératrices de revenus (AGR).

Les bénéfices permettent de financer les petits travaux au niveau des écoles (réparation des portes et fenêtres, etc).

L’UNICEF appuie également la DREN dans la lutte contre la violence scolaire.

Cet appui est confirmé par Tahirou Sy, responsable chargé du volet Education au sous bureau de l’UNICEF à Kiffa. Selon Mr Sy, cet appui comprend 3 volets à savoir : « Le renforcement du système (DREN) avec des formations axés sur le Système d’Information pour la Gestion de l’Éducation (SIGE) ; le volet qualité de l’éducation axé sur l’approche pédagogique et le volet concernant les enfants déscolarisés qui sont identifiés avec les partenaires puis leurs capacités sont renforcés avant d’être réinsérés dans le système scolaire. Ils bénéficient d’un accompagnement pour éviter les risques de décrochage.

Avec le projet PAIR financé par l’Union Européenne, l’UNICEF a assuré récemment une formation sur l’inclusion scolaire qui a touché 4 régions.

L’UNICEF travaille aussi avec les cheikhs des mahadras avec des formations sur la protection de l’enfance. »

Malgré la construction de 450 salles de classes dans le cadre du programme d’urgence, la question des infrastructures scolaires demeure pendante. Les salles de classe ne sont pas toujours aux normes (9/6m) reconnait le DREN, ce qui explique le recours à des salles plus petites et même à des abris plus précaires.

L’école de Gvava Gourjma, une ombre au tableau

Situé à une quarantaine de kms à l’Est de la ville de Kiffa, la localité de Gvava Gourjma vit toujours au rythme des travaux champêtres et de la transhumance du cheptel.

Ici on peine à retrouver un signe du monde moderne. Il n’y a pas d’électricité, pas de centre de santé, pas de téléphone ni internet, mais il y a de l’eau potable ; une eau légèrement colorée, tirant vers le jaunâtre mais potable tout de même.

Cette eau courante fait la fierté de cette localité délaissée. L’eau est pompée à partir d’une source située à 11 Km de la localité

C’est la plus grande réalisation dans la région qui est à l’actif de la World Vision, et elle profite surtout aux enfants qui mourraient de maladies rénales liées à la mauvaise qualité de l’eau, selon Roghaya Mint Sideyni, Présidente du réseau de la petite enfance de l’Assaba.

Dans cette localité où la pauvreté semble être la chose la mieux partagée, les enfants de l’école composée de près de 200 élèves selon Khyarhoum Sleimane, le chef du village, apprennent dans des hangars mal protégés du soleil, avec des températures avoisinant les 50 degrés Celsius en ce début du mois de juin.

Pour atténuer la chaleur du soleil, le plafond des hangars est bourré de paille.

Dans la majorité des hangars qui font figure de salles de classes, couverts de bâches portant le logo de l’UNICEF, les enfants s’assoient à même le sol. Les mieux lotis s’entassent sur des nattes en plastique usagées par le temps.

On voit ça et là quelques tables-bancs en mauvais état. Ces tables offertes par les services régionaux du ministère de l’éducation ont été transportées de la localité de Fam Lekhdheirat sur les frais des parents d’élèves, affirme le chef du village.

Les enfants de Gvava Gourjma aspirent à un cadre scolaire plus approprié.

« Nous voulons la construction d’une belle école pour se protéger contre la chaleur, le froid et la pluie » dit l’un d’eux.

«Dans les « classes » les animaux divagants viennent après nous et il arrive même qu’on trouve une chatte avec ses chatons. Nous voulons des salles de classes propres avec des W.C, du savon et du javel » lance un autre élève.

Selon le chef du village, depuis 2004, une demande est adressée chaque année aux autorités compétentes pour la construction d’une école aux normes standard.

« En 2020, le maire avait promis la construction d’une première salle de classe avec l’appui du projet DECLIC. Mais il n’a pas tenu sa promesse. En 2024 aussi il y a eu des promesses mais on n’a rien vu encore et plus grave il y a eu le plan d’urgence et notre localité a été exclue », s’indigne le chef du village.

A son tour, Moustapha Souleymane, membre de l’association des parents d’élèves regrette l’absence de l’Etat. Selon lui il y a 3 acteurs qui se partagent les responsabilités au niveau de l’école.

« L’état assure la disponibilité des enseignants. Il y en a 3 dans la localité qui résident tous hors du village. Le volet nutrition est pris en charge par le PAM qui assure un repas par jour (le déjeuner).

Et enfin note le chef du village, il y a le volet infrastructures assuré par les parents d’élèves. »

« Ce sont ces hangars que vous voyez-là qui constituent les classes. Nous avons pu acquérir ce terrain à nos frais. A la fin de l’année on démonte les hangars. Et au début de chaque année scolaire, on recommence à zéro. »

Bakari Gueye

 

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