Décès de Boubakar Ould Messaoud : Un pionnier de la lutte anti-esclavagiste s’en est allé

MADAR/Nouakchott le 12-03-2026

La disparition en ce mois béni de ramadan de Boubakar Ould Messaoud a suscité un vaste sentiment de tristesse et de solidarité au sein de l’opinion. Pionnier incontesté et grande icone de la lutte anti-esclavagiste, il a consacré toute sa vie pour la défense des opprimés.

Feu Boubakar ould Messaoud est né en 1945 dans la localité de Touiguindy près de la ville de Rosso. Sa mère qui fut esclave, travaillait sans rémunération pour ses maîtres. Elle est décédée suite à sa contamination par sa maitresse qui était atteinte d’une maladie contagieuse.

Devenu orphelin, il aura lui aussi subi les affres de l’esclavage.

C’est ainsi qu’il faisait quelques travaux pénibles pour ses maîtres. ll gardait les moutons, allait chercher de l’eau et accomplissait de nombreuses tâches ménagères.

Entré à l’école en 1952 par l’effet du hasard, Boubacar obtint son certificat d’études intermédiaires et fut envoyé à l’École des ingénieurs français à Bamako, où il resta jusqu’en 1967 et reçoit une bourse pour étudier l’architecture à Moscou.

Pendant ses études à Moscou, il a subi de fortes pressions en raison de ses interventions sur ce sujet lors des réunions estudiantines, et il a été menacé d’expulsion à plusieurs reprises.

Cela avait poussé l’ambassadeur mauritanien auprès de l’ancienne Union soviétique à convoquer le jeune homme, admirateur du militant noir américain Martin Luther King, et à le menacer de le renvoyer en Mauritanie s’il continuait à parler de la question de l’esclavage en Mauritanie devant des étrangers.

Mais le jeune homme intrépide n’a pas été dissuadé et est resté intéressé par la question de l’esclavage tant sur le plan théorique que pratique.

Et la suite on la connait.

Boubakar Ould Messaoud est donc l’une des premières figures ayant porté le plaidoyer contre l’esclavage, y compris en Europe et ailleurs dans le monde, pour sensibiliser la communauté internationale.

Ainsi, afin de faire face à la  persistance des pratiques esclavagistes il a créé la fameuse ONG SOS Esclaves, créée le 16 Février 1995 à Nouakchott et ayant obtenue sa reconnaissance officielle le 17 mai 2005.

Avant cette reconnaissance officielle, les membres de l’organisation ont supporté pendant10 ans l’ire des autorités mauritaniennes avec une répression implacable qui s’abattait sur eux quasi quotidiennement pour organisation et administration d’une organisation non autorisée.

SOS Esclaves  œuvre dans la promotion de l’Etat de Droit, de la Bonne gouvernance, dans la lutte contre la torture et de l’éradication de l’esclavage.

Elle s’est donnée pour mission la libération des victimes d’esclavage, leur accompagnement psychologique et moral, leur assistance juridique et le plaidoyer à leur soutien matériel, financier et civil pour une réinsertion sociale globale.

L’association a son siège central à Nouakchott et est présente dans toutes les régions du pays où elle compte environ 1200 adhérents et trois bureaux régionaux opérationnels dotés d’équipements et d’un personnel permanent à Atar, dans l’Adrar, à Néma au Hodh Echarghi, à Zouérate au Tiris-Zemour, en plus du bureau central de Nouakchott. Elle compte un bureau départemental au niveau de Bassiknou.

Bakari Gueye

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