Madar (International) - La démocratie et les droits reculent en Afrique, des dirigeants s'inspirant de la montée des "hommes forts" ailleurs dans le monde, a estimé l'homme d'affaires soudano-britannique Mo Ibrahim dans un entretien avec l'AFP publié dimanche 1er novembre 2026 par Africanews.
Âgé de 80 ans, ce milliardaire qui a fait fortune dans les télécommunications et finance, via sa fondation, le suivi de la gouvernance en Afrique, souligne que le dernier rapport de la fondation relève de larges progrès en matière d'opportunités économiques et de développement humain sur la dernière décennie, mais de fortes baisses en matière de sécurité, de droits humains et de participation publique, à une période marquée par plusieurs coups d'État et des guerres dévastatrices.
Selon l'indice, 30 pays abritant la moitié de la population africaine affichent de meilleurs scores de gouvernance en 2025 qu'en 2016, grâce surtout à l'amélioration de leur économie, tandis que 23 pays ont reculé et un est resté stable. Sept des dix pays aux plus fortes baisses ont connu au moins un coup d'État durant la décennie, dont le Burkina Faso, qui enregistre la plus forte dégradation ; le Nigeria, le Soudan et la Tunisie figurent aussi parmi les moins bons élèves.
Mo Ibrahim a cité les élections de l'an dernier en Tanzanie, où les forces de sécurité ont été accusées d'avoir tué des milliers de manifestants, et en Ouganda, où l'opposant Bobi Wine a été, selon lui, "traqué et agressé physiquement". "C'est une époque étrange... on voit partout ce phénomène de montée des hommes forts", a-t-il déclaré. "Si vous êtes un dirigeant africain et que vous voyez tous ces hommes forts s'imposer partout... vous vous dites : pourquoi pas moi ? Je peux m'en tirer", a-t-il ajouté.
Il attribue en partie ce recul au déclin de la démocratie libérale dans le monde, des États-Unis à l'Europe et à la Russie, estimant que le virage de l'administration Trump vers une "diplomatie transactionnelle" affaiblit "l'ordre international et l'État de droit". Il a qualifié de "brutale" la décision de Washington, l'an dernier, de mettre fin soudainement à l'USAID : "Les États-Unis ont le droit de donner de l'aide ou non, mais s'il vous plaît, prévenez".
Mo Ibrahim appelle l'Afrique à "compter davantage sur elle-même" et à travailler avec tous les partenaires disposés, "que ce soit l'Europe, la Chine, l'Inde". Il place son espoir dans la jeunesse du continent : 60 % des Africains ont moins de 25 ans et, d'ici 2050, un jeune sur trois dans le monde sera africain. "Nous avons gâché l'Afrique, notre génération, je dois l'admettre", a-t-il reconnu.




