MADAR/Nouakchott le 12-04-2026
La célébration le 2 Avril de la journée mondiale de l’autisme est une occasion pour braquer les projecteurs sur cette problématique qui concerne aujourd’hui des millions d’enfants à travers le monde, ce qui en fait un problème de santé publique.
En Mauritanie comme ailleurs dans la plupart des pays d’Afrique, l’autisme reste une réalité largement invisible.
Mais le phénomène commence à sortir de l’ombre. Des ONG et des centres spécialisés commencent à s’intéresser à ce problème.
Le gouvernement aussi, à travers le ministère des affaires sociales l’inscrit sur son agenda.
Ainsi en 2021, la première promotion composée de 30 formateurs en autisme est sorte de l’Ecole Nationale de l’Action Sociale (ENAS).
Aujourd’hui il y a 3 centres d’autisme, un pour déficience intellectuelle et un pour Trisomie 21.
A Nouadhibou on trouve un centre multifonction. Des centres existent aussi à Aleg et Kaédi.
Afin d’être édifié sur les efforts entrepris dans ce domaine, nous avons fait un tour au niveau du centre d’accueil autisme « El Rahma », situé à El Mina, dans le quartier SAMIA.
Un centre qui fait des heureux
Ce centre est géré par l’Association le « Monde des Enfants Heureux » (AMEH) fondé et dirigé Madame Fatimata Abdallah Cissé qui est maman d’une jeune fille Autiste de 17 ans.
Infirmière en service de Psychiatrie, au centre des spécialités de Nouakchott(CHS), sa décision en créant cette ONG était motivée par l’absence de structures de prise en charge des autistes en Mauritanie.
En effet selon les informations disponibles au niveau de l’association, « le pays ne dispose que d’un seul Pédopsychiatre. Le service de pédopsychiatrie, n’est pas encore ouvert pour les hospitalisations du jour, mais juste pour les consultations externes. Le pédopsychiatre, peut recevoir en consultation, jusqu’à 40 enfants par jour. Notre pays, ne dispose pas encore d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, de psychométriciens, et d’éducateurs spécialisés dans le domaine de la prise en charge de l’autisme. »
En 2021, un partenariat avec l’association française « TES VACANCES RÉPIT 365 » a débouché sur la construction du centre d’accueil autisme El Rahma sur une superficie de 225 m².
Le Centre a été inauguré le 22 novembre 2022 par la Première dame.
Ce centre installé dans ses nouveaux locaux est composé d’un bâtiment R+1 (Rez-de-chaussée + 1 étage). Il comprend plusieurs salles de classes, une salle d’isolation équipée de protèges, une cuisine, des W.C, une salle de réunion et un espace de détente pour les enfants.
Depuis son ouverture, le centre qui est tourné vers les couches les plus vulnérables, accompagne plus de 60 Enfants âgés entre 7 et 18 ans.
Les enfants sont classés par niveau et dans chaque salle on trouve une monitrice et une aide monitrice.
Selon Salamata Ba, une des 2 monitrices principales, le public du centre est hétérogène. Il y a des enfants calmes mais on trouve des cas sévères. Certains enfants sont turbulents et on est parfois obligés de les fixer sur leurs sièges.
Certains d’entre eux n’ont pas de problème d’ouïe mais ne parlent pas.
« Beaucoup d’activités ont été réalisées, telles que : la socialisation, l’autonomisation, les activités ludiques, les activités culinaires, l’équitation. Tout ceci grâce à des Familles et des bénévoles qui sont déterminés à changer le quotidien de cette frange de la société. »
Mais, soutient Salamata : « Le centre contribue à la rééducation des enfants. Avant ils restaient à la maison mais aujourd’hui avec le centre, ils sont là de 8h à 14 heures. Ils font des activités de dessin, de peinture. Ils sont nourris. Ainsi beaucoup d’enfants se sont améliorés et leurs mamans ont été déchargées. »
Seulement ajoute Salamata : « Le centre a besoin de plus d’appui. Il y a beaucoup de bénévoles qui ne sont pas motivés. Le centre a besoin de plus de matériel didactique car il est nécessaire de diversifier les activités pour occuper les enfants. »
Abondant dans le même sens que sa collègue, Fatimata Sy reconnait que : « Malgré des débuts difficiles, il y a 7 ans, c’est grâce à la Fatimata présidente de l’AMEH que j’ai pu connaitre l’autisme. Ma formation au Maroc sur la prise en charge des enfants autistes m’a permis de comprendre beaucoup de choses.
Aujourd’hui je sais comment gérer les enfants. Ici au centre ils font de grands progrès. »
Pour Yali Abdallahi Ndiaye enseignant spécialiste en braille détaché au centre : « Ici, les enfants s’ouvrent au monde et apprennent à s’intégrer. Ils apprennent à porter leurs habits, à manger seuls et à se prendre en charge. Il y en a qui parlent et il y en a qui s’expriment par gestes. Ici les conditions sont bonnes et on assiste à un changement positif de comportement des enfants. »
Et pour la responsable de l’ONG AMEH : « Notre plus grande satisfaction est de voir que les enfants que nous accompagnons sont épanouis ainsi que les familles. Plusieurs de ses enfants sont devenus autonomes. Les familles n’ont plus honte de montrer leurs enfants. Sur le plan national grâce à la sensibilisation qui a été faite dans les médias, les réseaux sociaux par l’association, nous avons constaté que l’autisme n’est plus un tabou et que les Familles ont trouvé une structure où ils peuvent se rapprocher pour être écouté et orienté. »
Des parents bénévoles au niveau du centre ont exprimé leur satisfaction pour les services fournis par le centre.
Pour F.C : « Mon enfant qui est âgé aujourd’hui de 17 ans était là pendant plusieurs années. Il n’a pas de dents (molaires) et il avait un problème d’yeux. Maintenant il s’en sort bien. »
Même son de cloche chez Khadjetou, autre mère bénévole au centre, habitant à Arafat dans la zone du dispensaire italien : « Mon enfant a 8 ans. Il est là depuis plus d’un an. Avant sa situation était difficile. Il passait tout son temps à crier. Mais maintenant il s’est calmé et il commence même à parler et à jouer avec les enfants. »
Beaucoup d’enfants se sont amélioré et certains comme le jeune Amadou qui s’investit dans la propreté du centre, apportent leur contribution positive.
Pour Aissata Elimane Dia, monitrice venant du centre de Nouadhibou, le centre El Rahma se distingue par la qualité de ses prestations.
Des partenariats fructueux
Lors de notre passage, nous avons rencontré sur place Mme Coumba Niang, présidente du centre qui nous a parlé de la coopération entre le ministère des affaires sociales et l’association AMEH.
Comba Niang est formatrice en Autisme et déficience intellectuelle.
Une convention signée l’année dernière existe entre l’Etat, à travers l’unité du spectre de l’autisme de Nouakchott Sud du Centre de Formation et de Promotion des Enfants en Situation de Handicap (CPESH) et l’Association des Enfants Heureux.
En vertu de cette convention souligne Coumba Niang, l’Etat prend en charge les salaires de la plupart du personnel, la cantine scolaire et le carburant du bus assurant le transport des enfants.
Les enfants sont de 2 catégories, la moitié est proposée par le centre et l’autre moitié par l’association AMEH.
Actuellement 16 enfants sont sur la liste d’attente.
Mme Niang ajoute que le programme éducatif est suggéré par le centre. Et c’est elle qui dresse le programme, l’évaluation et le diagnostic.
S’agissant de l’identification des enfants autistes il y a plusieurs types de diagnostics selon Mme Niang.
Il y a le DSM5, ABC, CARS, qui sont appliqués pour identifier les autistres.
C’est le CARS qui identifie le niveau d’autisme.
Aujourd’hui il y a 3 centres à Nouakchott, un centre pour déficience intellectuelle et un pour Trisomie 21.
A Nouadhibou il y a un centre multifonction. Et il y a un centre à Aleg et un centre à Kaédi.
Pour Coumba Niang , « ces centres font du bon travail. Avant on cachait les enfants. Aujourd’hui, avec la sensibilisation les mentalités commencent à changer et des efforts sont faits par l’Etat.
Tous les enfants autistes sont boursiers. Leurs parents sont encouragés et bénéficient de l’opération Ramadan.
En plus de cela il y a des programmes adaptés aux besoins spécifiques des enfants. »
Malheureusement le déficit en personnel qualifié est lourd de conséquences.
Ce n’est qu’en 2021 qu’est sortie la première promotion composé de 30 formateurs en Autisme formée à l’Ecole Nationale de l’Action Sociale.
Au niveau de l’AMEH, on mise sur la prospection et la consolidation des partenariats.
Un partenariat existe avec l’association Association, « EL MENAR » basé au Maroc à Rabat, en partenariat avec L’AMCI (Agence, marocaine pour la coopération internationale).
Les deux bénévoles qui ont pu bénéficier d’une formation de six mois à Rabat, dans le cadre de ce partenariat gèrent le centre aujourd’hui.
L’AMEH a par ailleurs bénéficié d’un Don d’un bus par l’ambassade du Royaume Uni en Mauritanie et par l’UK AID.
En 2023, l’AMEH a participé au premier congrès de l’autisme en Afrique, qui s’est tenu au Cameroun.
Le 10 au 12 avril 2025, l’association a participé au deuxième congrès de l’autisme à Oujda au Maroc.
Ainsi selon sa présidente, l’Association Monde des Enfants Heureux veut se positionner en tant qu’organisation proactive d’impulsion de la mise en place de centre médicaux, psycho pédagogique et d’établissement au niveau de la Mauritanie pour la promotion des droits des enfants, plus particulièrement les enfants en situation d’autisme.
Bakari Gueye






