Le Changement climatique, une réalité et une préoccupation nationale en Mauritanie

MADAR/Nouakchott/Le 14-11-2023

Les forums de Nouakchott et de Bamako sur les changements climatiques qui viennent de se tenir montrent l’importance de cette question aux yeux des pouvoirs publics.

En effet, la Mauritanie est bien concernée par la question des changements climatiques, une question qui revêt une importance cruciale au niveau mondial en ce sens qu’elle engage profondément la survie de l’humanité qui fait face à un réchauffement de plus en plus inquiétant.

Selon le rapport de la quatrième communication nationale sur le changement climatique qui est l’instrument de planification, d’information et d’aide à la prise des décisions pour faire face aux effets néfastes du changement climatique, les tendances climatiques observées en Mauritanie entre 1945 et 2010 montrent un réchauffement net avec une baisse des nuits froides et une augmentation des nuits chaudes.

Selon les différents scénarios de la Troisième Communication Nationale (TCN, 2014), les températures pour l’horizon 2050 devraient enregistrer une augmentation générale avec un maximum de plus de 2°C, hormis dans une bande ouest en face de l’océan Atlantique où la hausse sera de moins de 1,5°C. Les quantités de pluie, à l’horizon 2050, devraient connaître une régression de l’ordre de 20% par rapport à la normale de référence (1961- 1990).

Ainsi les scenarii climatiques rapportés dans la TCN, 2014, indiquent que la Mauritanie devra connaître une forte exposition socio-économique et écologique au changement climatique qui serait à l’origine d’importants impacts.

Selon Mohamed Yahya Ould Lafdal, Conseiller du ministre de l’Environnement : « La vulnérabilité de la Mauritanie est largement prise en compte dans l’ensemble des politiques publiques notamment celles liés au changement climatique et aux autres thématiques environnementales.

L’ensemble des documents habilitant c’est-à-dire les communications nationales sur le changement climatique mais aussi ce qu’on appelle la Contribution Déterminée Nationale (CDN), analyse de façon détaillée et exhaustive le niveau de vulnérabilité. C’est pourquoi on parle d’Adaptation au Changement Climatique. Qu’est ce qu’on adapte ? On adapte les secteurs vulnérables. Nous notre priorité en tant que pays du Sud, en tant que pays non industrialisé, en tant que pays non émetteur de gaz à effet de serre, notre priorité c’est l’adaptation ; c’est-à-dire s’adapter aux aléas qui sont nés de quelque chose que nous nous n’avons pas causé, c’est-à-dire les émissions historiques de gaz à effet de serre depuis 3 siècles. Et maintenant cette vulnérabilité malheureusement est très grande et il y a des indices qui permettent de la mesurer. Il est clair que nous en tant que pays notre vulnérabilité est très très avancée sur l’aspect littoral. Nous avons un littoral très érodé qui subit des pressions et nous avons une vulnérabilité très accrue parce qu’on n’est pas vraiment préparé, en termes urbains. On n’a pas d’assainissement. Et que à partir du moment où on peut avoir une pluviométrie exceptionnelle même avec 80 ou 100 mm ça peut tourner à la catastrophe. Les routes peuvent être coupées entre les villes. On peut avoir d’autres fléaux, d’autres problèmes liés à des tempêtes, à des phénomènes extrêmes ; tout ça ça fait partie de notre vulnérabilité. Il est clair que nous avons une vulnérabilité écologique et une vulnérabilité sociale.

Et cette vulnérabilité nous permet aussi d’accéder à des fonds, à des appuis qui ne sont pas disponibles pour les pays qui sont moins vulnérables.

Donc notre vulnérabilité est grande ce qui explique aussi que notre action d’adaptation est grande. Donc on essaie d’adapter les secteurs productifs d’abord, l’agriculture, l’élevage, le secteur de l’eau, les infrastructures et le secteur des pêches. Et tous ces secteurs ont déjà dans leur exercice un certain nombre de programmes, de projets, d’actions, d’initiatives qui visent à réduire et à atténuer la vulnérabilité par rapport au changement climatique. »

Ainsi, en vertu de la mission qui lui est assignée par les pouvoirs publics, le Ministère de l’Environnement est appelé à combattre les phénomènes de la désertification, du changement climatique, de la pollution de toute sorte et de la perte de la biodiversité etc. Le défi est également de mobiliser les différents acteurs nationaux et les Partenaires Techniques et Financiers pour mener des activités opérationnelles et assurer leur financement.

Vulnérabilité du pays au changement climatique

Le pays aux ¾ envahi par le désert est très vulnérable au changement climatique. Des modèles de simulation ont établi des scénarios de changement climatique confirmant cette affirmation. À l’horizon 2050, un premier modèle avait prévu une hausse de la pluviométrie de 3 à 10 % et une hausse des températures de 0,4 °C tous les 10 ans (première communication). La deuxième communication confirme la hausse des températures et indique une amplification des fluctuations interannuelles des précipitations en Mauritanie. Parmi les autres documents clés sur les effets du changement climatique en Mauritanie, il y a le Plan d’Actions Nationales d’Adaptation aux changements climatiques (PANA) qui avait été élaboré en réponse aux études de vulnérabilité du pays des années 2003 et 2004. Le PANA a permis d’identifier les besoins essentiels à court terme en matière d’adaptation et les activités prioritaires à mener face au changement climatique de l’époque.

D’autres études de vulnérabilité ont été menées par des projets d’investissement du FEM et d’autres bailleurs (Fonds d’adaptation et Union Européenne). Le projet AMCC 1 de l’Union Européenne et la Coopération Allemande (GIZ) a produit en 2017 une analyse de vulnérabilité sur certaines régions du pays (Brakna et Assaba) pour servir d’outil de décision aux Communes bénéficiaires du projet. L’OSS (Office du Sahel et du Sahara) entreprendra la même année un atlas présentant les régions du pays les plus atteintes par le changement climatique.

Sur la base de l’information climatique disponible au niveau international et national, l’équipe de l’analyse de vulnérabilité a élaboré, comme première étape de l’analyse, une étude des projections du changement climatique en prenant comme référence la série 1990-2010. Ces modèles ont été exécutés en utilisant différents scénarios d’émissions, dénommés Representative Concentration Pathways (RCP), qui fournissent différentes hypothèses sur les modes d’émissions de gaz à effet de serre. Dans le cadre de cette étude, deux RCP ont été sélectionnés pour couvrir largement le forçage radiatif anthropique total, s’étendant du forçage faible à moyen (RCP 4.5) au forçage élevé (RCP 8.5).

A  noter que les prévisions pour l’horizon 2050 prédisent une augmentation des températures de plus de 2°C concernera l‟Est et le centre du pays.

Pour l’horizon 2100 une forte élévation des températures est prévue en Mauritanie avec un surplus pour le MCG ECHAM4 qui donne un maximum de plus 4,5 °C dans le sud des wilayas de l’Assaba et de Guidimaka. Pour la wilaya du Brakna, le plus faible niveau de réchauffement concernera l’ouest de la Moughataa de Boghé avec moins de 3,5°C, le reste de la zone connaitra un réchauffement d‟environ 3,5°C à l’ouest du Brakna et dans l’ordre de 4°C dans l’est du Brakna et le sud-ouest du Tagant. Le HADCM3 prédit moins de réchauffement pour l’horizon 2100, allant de moins de 2°C à Nouadhibou à plus de 3,5°C dans l’est du pays

Malgré l’urgence de mettre en place des mesures d’adaptation, la planification et la mise en place à grande échelle de mesures d’adaptation aux changements climatiques sont encore embryonnaires, à l’heure actuelle. Des limites importantes à leur développement existent, telles que le caractère local de l’adaptation qui rend plus difficile la coordination des politiques, les incertitudes liées aussi bien aux impacts des changements climatiques qu’à la vulnérabilité des systèmes naturels et économiques, ou l’archaïsme de certaines normes.

Tenant compte de ces limites, le gouvernement préconise la mise en œuvre des mesures suivantes au niveau des différents secteurs cibles.

L’objectif général visé à travers la stratégie nationale d’adaptation aux changements climatiques est de prévenir et réduire les impacts des changements climatiques sur la croissance et le développement économique et social du pays. De façon spécifique, il s’agira de protéger les populations face aux conséquences des changements climatiques, en particulier les groupes vulnérables ; de développer les capacités de résistance des acteurs face aux risques climatiques et de promouvoir une gestion durable rationnelle des ressources naturelles.

Renforcement des capacités en Changements climatiques

La Mauritanie a ratifié la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) en 1994 et a adhéré au Protocole de Kyoto en 1997. Elle a entrepris, grâce aux activités habilitantes appuyées par la CCNUCC et son mécanisme financier (FEM), l’élaboration successive des documents habilitants suivants : la Communication Nationale initiale en 2001 ; le rapport d’évaluation des besoins technologiques en 2002 ; le Plan d’Action national d’Adaptation au changement climatique (PANA) en 2004 ; la deuxième communication nationale en 2008 ; la troisième CN en 2014 ; le premier rapport de mise à jour biennale (BURi) en décembre 2015 ; le rapport d’évaluation des besoins technologiques (EBT 2) en juin 2018 avec l’appui du Partenariat PNUE-DTU. La quatrième communication nationale a été clôturée en Juillet 2019 et et a été suivie par la préparation du BUR 2 avec la collaboration de l’ONU Environnement.

Le pays, fidèle à sa position stable parmi le peloton des pays africains leaders des activités habilitantes de la CCNUCC, a lancé son Readiness du FVC en 2017 et lancé en avril 2019 la préparation de son Plan National d’Adaptation (PNA) grâce à un financement du Fonds Vert Climat et l’appui de l’ONU Environnement pour une vision à moyen et long termes.

Au plan national, la Stratégie Nationale Environnement et Développement Durable (SNEDD) à l’horizon 2030, adoptée en octobre 2016, constitue le cadre de référence de la politique nationale qui traduit et porte l’ambition du pays définie dans la CDN (contribution déterminée au niveau national et ratifiée en Février 2017) pour participer activement aux objectifs de l’Accord de Paris. Cette stratégie est, au plan opérationnel, à la fois largement articulée et profondément inspirée du changement climatique.

Il convient  souligner que le Ministère de l’Environnement  a désigné la Cellule de coordination du programme national de changement climatique (CCPNCC) comme point focal de la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et point focal du GCF. La CCPNCC s’appuie sur une task-force composée des points focaux sectoriels (PFS) désignés chacun par son ministère et ceux de la société civile et du secteur privé par leurs tutelles respectives. La CCPNCC dispose également d’un réseau d’experts indépendants issus du milieu académique et universitaire pour conduire des études et recherches spécifiques à son activité d’argumentaire, de plaidoyer et d’information et de sensibilisation.

Le réseau de Points Focaux Sectoriels changement climatique au sein des départements ministériels contribue à améliorer la mise en œuvre des objectifs de la Convention et à intégrer systématiquement la problématique du CC dans les activités sectorielles.

Par ailleurs, la Mauritanie ambitionne de faire évoluer le système de suivi-évaluation sectoriel existant pour le suivi du développement national pour qu’il soit, plus tard, en articulation, voire inclusif, avec la surveillance des émissions de Gaz à effet de serre (GES) ou des réductions attribuées à une mesure d’atténuation particulière (politiques, programmes, mesure ou projet) ; du soutien climatique connexe (fourni par le gouvernement ou reçu des partenaires ou encore dans une forme de financement du marché) ;du transfert de technologie et du renforcement des capacités pour permettre la mise en œuvre d’une action ou mesure d’atténuation ; du co-bénéfice ou avantages pour le développement durable associé aux mesures d’atténuation. Il constituera ainsi l’ossature du système MRV. Il sera établi sur la base du système d’inventaire mis en place lors de l’élaboration de la BUR no.1 et de la CPDN en 2015 et sera élargi à une autorité indépendante composée de trois unités de recherche issues des établissements universitaires et de personnalités indépendantes à moralité avérée.

Par ailleurs, et pour assurer le suivi-évaluation de la CDN, il est procédé au renforcement des capacités des systèmes de suivi-évaluation du plan national de l’environnement existants au sein du Ministère et des autres départements impliqués pour assurer une conduite concertée et harmonisée des progrès réalisés dans sa mise en œuvre.

Un autre atout de la Mauritanie dans sa lutte contre les Changements Climatiques c’est sa Contribution Nationale Déterminée (CDN) comme le souligne le Conseiller du ministre : « La CDN renvoie à une obligation de parties, une obligation de tous les pays parties prenantes à l’Accord de Paris de 2015.

Effectivement nous avons notre CDN qui a été actualisée aussi et qui a été sectorialisée et elle fera l’objet d’un focus lors de la COP 28 mais aussi elle a fait l’objet d’une revue l’année dernière lors de la COP 27 à Charm El Cheikh.

Évidemment la CDN c’est notre contribution à l’effort global. Il y a 2 composantes qui sont à parité égale à savoir l’adaptation et l’atténuation.

Et la Mauritanie est parmi les premiers pays qui a présenté sa CDN au gouvernement en Conseil des Ministres et nous sommes sur ce plan là un bon élève.

Maintenant quel est le degré d’intégration du changement climatique dans les politiques et stratégies de développement du pays ? C’est une question qui renvoie à un effort continue mais nous avons déjà un réseau de points focaux sectoriels concernant le volet Changements Climatiques et l’action aussi des ministres qui sont impliqués dans le cadre de cette intégration.

Donc au niveau de l’énergie il y a des actions, au niveau des autres départements comme l’eau, l’assainissement, l’agriculture, l’élevage mais aussi au niveau du ministère de l’Économie et du Développement Durable, le ministère de l’Habitat, tous ces ministères là considèrent des actions ou des dimensions de changement climatique dans leurs politiques publiques. »

Par Bakari GUEYE

 

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