Madar (Rabat) - Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, s'est engagé lundi 2 novembre 2026 à présenter une loi sur l'enrichissement illicite, une loi sur le conflit d'intérêts et une loi sur le blanchiment d'argent, à condition que ces textes offrent toutes les garanties d'un procès équitable, lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants consacrée en grande partie à la lutte contre la corruption, a rapporté le site Hespress.
Selon la même source, plusieurs députés ont réclamé la sortie des lois attendues, une révision du système de déclaration du patrimoine, une meilleure protection des lanceurs d'alerte et le lien entre responsabilité et reddition des comptes. Certains ont plaidé pour le principe "d'où tiens-tu cela ?" et pour une loi sur le conflit d'intérêts conforme à l'article 36 de la Constitution, en soulignant que la seule voie répressive ne suffit pas sans prévention, transparence et volonté politique.
Dans sa première réponse, le ministre a défini l'approche du gouvernement : application de la loi, respect de la présomption d'innocence et sauvegarde des droits et libertés. La lutte contre la corruption ne doit pas devenir un prétexte pour s'affranchir des garanties, a-t-il dit, en récusant les pratiques populistes qui conduiraient à incarcérer des personnes sans respecter les règles de droit.
Le débat s'est tendu lorsque le député du PJD Abdessamad Haiker a qualifié cette réponse de "pitoyable", estimant que le retrait du projet de loi sur l'enrichissement illicite continuerait de poursuivre le ministre. Abdellatif Ouahbi a répliqué en demandant si qualifier ainsi les propos d'un ministre n'était pas aussi une forme de corruption, avant que le chef du groupe, Abdellah Bouanou, ne demande le retrait du terme du procès-verbal.
Le ministre a mis en garde contre la "condamnation sociale" qui précède toute décision de justice : une simple convocation par la police ou la diffusion de photos de suspects lors de leur interpellation peut nuire durablement à leur réputation, même après un acquittement, et certains citoyens passent cinq ou dix ans devant les tribunaux avant d'être innocentés. Il a ajouté que le droit au silence ne peut valoir aveu ni preuve de culpabilité.
Abdellatif Ouahbi a évoqué une piste à l'étude : un code autonome de lutte contre la corruption, qui sortirait ces infractions du Code pénal général pour réunir l'enrichissement illicite, le conflit d'intérêts, le blanchiment d'argent et les délits connexes, avec une procédure propre. Il a indiqué avoir rassemblé les propositions de deux groupes parlementaires, être prêt à y ajouter celles du PJD et vouloir soumettre un rapport à la commission compétente. Aucun calendrier n'a été annoncé pour ces textes.




