Mauritanie : Un secteur minier en plein essor

MADAR/Nouakchott/Le 18-10-2023

L’inauguration les 15 et 16 juin 1963 des installations minières de Zouerate et de Nouadhibou avait consacré le début effectif de l’exploitation minière en Mauritanie.

Ainsi le gigantesque complexe minier installé par la MIFERMA (Mines de Fer de Mauritanie) faisait figure de prouesse technologique à l’époque.

Il s’était agi en effet d’équiper un ensemble de mines de fer susceptibles de fournir 6 millions de T par an, de construire un chemin de fer à grand débit long de 650 Km, d’édifier un port minéralier capable d’assurer une sécurité complète et un chargement rapide à des navires de 65000 T DW, et pouvant aller jusqu’à 100000 T DW, de fournir enfin le logement pour environ 10000 personnes dans les deux cités ultra modernes de Zouérate et Cansado (Nouadhibou).

Et depuis cette date, le secteur minier est devenu une composante essentielle de l’économie mauritanienne. Le pays est devenu au fil du temps l’un des principaux producteurs de minerai de fer, ainsi que de cuivre, d’or …

Un secteur de plus en plus attractif

En effet, selon l’Initiative relative à la transparence des industries extractives (ITIE) l’exploitation minière contribue à 59 % des exportations, à 9,6 % du PIB et à 10,4 % des recettes de l’État mauritanien.

Les principales destinations du fer mauritanien sont la Chine (65,4 %), l’Allemagne (14,3 %) et l’Italie (10,4 %).

Malgré les défis auxquels l’économie du pays a été confrontée en raison de la pandémie de COVID-19, qui a eu de graves répercussions sur les industries non extractives telles que le transport, le commerce et le secteur de la pêche, la production du secteur minier a en fait augmenté de 2,2 % au cours du premier semestre 2021, grâce à la forte demande mondiale de minerai de fer et d’or, ainsi qu’à la poursuite des investissements dans les capacités extractives.

Les progrès réalisés par la Mauritanie dans le classement Doing Business sont probablement pour quelque chose dans la présence de grandes entreprises des industries extractives (Kinross Gold, First Quantum, Aya Gold &Silver) et des hydrocarbures (Total, BP, KosmosEnergy,  Shell et ExxonMobil).

Disposant de trois importantes mamelles que sont la Société nationale industrielle et minière (SNIM) qui exporte, essentiellement vers le marché chinois, 12 millions de tonnes de minerais de fer par an, les ressources halieutiques (avec des exportations de l’ordre de 1. 200 000 tonnes sur un potentiel de prises estimé à 1.870.000 tonnes par an) et d’une ressource animale considérable (16 millions, toutes espèces confondues), c’est seulement en 2021 que la Mauritanie est entrée dans le groupe des pays à revenu intermédiaire .

La politique de gouvernance menée ces trois dernières années par le pays explique en partie ce demi-succès qui a, comme dommage collatéral, la sortie de la Mauritanie du groupe des pays éligibles aux dons de l’IDA. Mais le développement véritable passe, nécessairement, par une action tous azimuts (promotion de l’entreprenariat, lutte contre la corruption, soutien aux initiatives des jeunes) et par la mise en place d’un Plan d’industrialisation en mesure d’apporter une valeur ajoutée locale aux richesses naturelles du pays.

Cette stratégie pensée en 2015 est confiée à des acteurs qui, au-delà du ministère en charge de l’industrie, comprennent l’Agence pour la Promotion des Investissements en Mauritanie (APIM), la Zone Franche de Nouadhibou, la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Mauritanie (CCIAM), les syndicats des travailleurs et les opérateurs privés organisés dans la Fédération d’Industries, des Mines et de l’Energie (FIME).

Un contexte géologique favorable

Le contexte géologique de la Mauritanie se caractérise par la présence des 4 ensembles géologiques que sont la dorsale R’Gueïbat, le bassin de Taoudeni, la chaîne des Mauritanides et le bassin côtier.

Ces 4 ensembles  constituent le géo-portrait du pays.

La dorsale R’Gueïbat, portion septentrionale du craton ouest-africain, est constituée de terrains archéens (âges supérieurs à 2,5 milliards d’années) et paléo-protérozoïques (âges entre 1 et 2,5 milliards d’années) ; on trouve dans ce domaine cratonique des gisements d’or et de fer et des indices identifiés d’or, de fer, de cuivre, de nickel, de lithium, de béryl, de wolfram, d’uranium et des éléments du groupe du platine. De même, des kimberlites ont été mises en évidence dont certaines sont diamantifères. Compte tenu des ressources minières de domaines géologiques comparables, il est légitime d’avancer que la dorsale R’Gueïbat constitue un potentiel minier de première importance.

Le bassin sédimentaire de Taoudeni, qui est le plus grand bassin de l’Afrique de l’Ouest, est recouvert par des séries essentiellement infracambriennes et paléozoïques peu déformées. Sa bordure septentrionale recèle des structures favorables (telles que les kimberlites) à la présence de substances minérales et d’importantes minéralisations de phosphate et de cuivre y ont été découvertes ; il en est de même des structures telles que les kimberlites favorables à la présence de substances minérales dont les diamants.

La chaîne des Mauritanides, qui ceinture à l’ouest le craton ouest-africain est composée de formations sédimentaires et métamorphiques fortement plissées et tectonisées durant des événements orogéniques dont le plus marquant est l’événement hercynien (âge d’environ 300 millions d’années). Elle renferme de nombreuses minéralisations d’or, de cuivre, de chrome, cobalt et de terres rares. C’est dans cette chaîne que se trouve le gisement de cuivre-or d’Akjoujt.

Le bassin côtier de Mauritanie-Sénégal est un bassin de marge passive qui s’est mis en place à la suite de l’ouverture de l’Atlantique. Il dispose d’un plateau continental très développé ; il est constitué de formations sédimentaires trias-liasiques à quaternaires. Plusieurs champs pétrolifères et gazifières ont été découverts. Par ailleurs, on y trouve des gisements de gypse, de sel, de phosphate et de sables noirs (ilménite et zircon).

Industries extractives, pierre angulaire de l’économie mauritanienne

Les potentialités de la Mauritanie dans le domaine des industries extractives sont énormes. La  Dorsale Rgueibat, au nord du pays, la Chaine des Mauritanides située au centre-ouest le Bassin de Taoudenni, au centre-est, intéressent de grandes sociétés internationales avec la mise à jour de quelque 900 indices miniers dans ces zones renfermant le fer, l’or, le cuivre, le phosphate, le gypse, l’uranium, les tourbes, le sel, le quartz, le diamant, le chrome, le manganèse, le plomb, les éléments du groupe de platine, les terres rares et les terres noires…En dehors de l’existant (12 millions de tonnes de minerai vendues chaque année par la SNIM, deuxième producteur africain de fer, les 243 240 onces d’or provenant de la mine Tasiast propriété de Kinross et 28 000 tonnes de cuivre de la société australienne MCM), la Mauritanie attend avec impatience l’exploitation de réserves prouvées estimées à 1,5 milliard de tonnes de minerai de fer, plus de 25 millions d’onces d’or, 28 millions de tonnes de cuivre, plus de 140 millions de tonnes de phosphates, 11 millions de tonnes de quartz, 245 millions de tonnes de sel et plus de 6 milliards de tonnes de gypse. 

Diversification et création de valeur locale

Une grande partie de l’activité minière a été principalement axée sur l’extraction du fer et d’autres minerais métalliques tels que l’or. Cette situation a rendu l’économie du pays vulnérable aux fortes fluctuations des prix mondiaux des matières premières minérales. Un défi tout aussi pressant est que, trop souvent, une grande partie de la production minérale de la Mauritanie est exportée directement à l’étranger et n’est pas transformée dans le pays, ce qui ne favorise pas une plus grande valeur ajoutée locale et, globalement, ne contribue pas aux objectifs de développement économique à long terme et de réduction de la pauvreté de la Mauritanie.

Pour résoudre ces problèmes, le gouvernement mauritanien et ses partenaires internationaux de développement, s’efforcent de promouvoir une plus grande diversification du secteur minier et l’établissement de chaînes de valeur en Mauritanie. Pour ce faire, on met davantage l’accent sur les produits non métalliques tels que le calcaire ou divers types d’argile pour les matériaux de construction, les phosphates et les minéraux industriels.

Comme il convient de le rappeler, l’un des principaux acteurs du secteur minier mauritanien est la Société nationale industrielle et minière (SNIM). La SNIM, on l’a souligné est aujourd’hui le deuxième producteur africain de minerai de fer et un contributeur important à l’économie mauritanienne. La majeure partie du minerai de fer produit par la SNIM est acheminée vers le port de Nouadhibou, ce qui permet à la société de transporter son minerai de fer. Cependant, l’un des défis est que la profondeur actuellement disponible dans le chenal d’accès limite la taille des navires qui peuvent ancrer dans le terminal minéralier. Les navires qui peuvent accoster au terminal actuel ne représentent que 6 % de la flotte mondiale de vraquiers disponibles, ce qui augmente les coûts en raison de la disponibilité limitée.

Afin de pallier ce problème, le Groupe de la Banque africaine de développement, en partenariat avec la Banque européenne d’investissement (BEI), a conclu en octobre 2021un financement de 50 millions de dollars et 50 millions d’euros respectivement, sur 12 ans, avec la SNIM, pour soutenir l’augmentation de la capacité des installations portuaires de la SNIM à Nouadhibou.

Le projet comprend l’approfondissement et l’élargissement des chenaux d’accès du terminal minéralier de la SNIM sur 25 km, dans le but d’atteindre les profondeurs requises pour les navires de 230 000 tonnes. En permettant à de plus grands navires d’accoster à Nouadhibou, la SNIM maximisera l’efficacité de sa chaîne de transport tout en réduisant les coûts, devenant ainsi plus rentable, ainsi que plus compétitive sur les marchés internationaux, notamment en termes de compensation des fluctuations potentielles des prix mondiaux du minerai de fer.

Investisseurs internationaux

Outre le champion local, la SNIM, un certain nombre de grandes sociétés minières internationales ont des activités importantes en Mauritanie. L’une de ces sociétés est First Quantum Minerals Ltd, une société minière et métallurgique en pleine croissance, qui est engagée dans l’exploration, le développement et l’exploitation minière en Afrique. Les actions de Quantum sont cotées à la Bourse de Toronto au Canada, à la Bourse de Londres au Royaume-Uni, et la société est membre de l’indice S&P/TSX 60. En Mauritanie, First Quantum exploite la mine de cuivre-or de Guelb Moghrein. Le gisement de Guelb Moghrein est situé à 250 kilomètres au nord-est de la capitale, Nouakchott, près de la ville d’Akjoujt. First Quantum produit des cathodes de cuivre de qualité A au LME, du cuivre en concentré et de l’or à partir de ce projet.

Un autre acteur international clé de l’industrie minière mauritanienne est le géant minier canadien Kinross qui possède un gisement d’or de renommée mondiale-la mine d’or de Tasiast- l’un des plus grands d’Afrique, qui est situé à 300 km au nord de la capitale. En 2019, Kinross a annoncé son engagement pour une levée de fonds de 300 millions de dollars et a noté que c’était la preuve de la volonté de la société de rester en Mauritanie à long terme. La mine de Tasiat a nécessité la construction d’infrastructures très lourdes et l’édification d’une cité minière en plein désert. Les premières années ont donc été consacrées au terrassement et à la préparation de l’exploitation. Mais aujourd’hui, la mine de Tasiat dispose de l’un des plus grands concentrateurs d’or d’Afrique et d’un concasseur de grande capacité. L’entreprise estime qu’un objectif de production de 20 000 tonnes est à portée de main.

En 2021, la mine Tasiast Mauritanie a livré 170 502 onces d’or.

A noter par ailleurs que les perspectives de l’industrie minière en Mauritanie sont prometteuses. De grands projets structurants sont en vue. Ainsi, la réalisation du dragage du chenal a notamment pour objectif de permettre à la SNIM d’augmenter ses exportations de fer à travers le renforcement des infrastructures portuaires qui, à terme, seront en mesure d’accueillir des navires d’une capacité allant jusqu’à 230 000 tonnes, contre un maximum de 150 000 tonnes actuellement. Ce projet de dragage s’inscrit également dans la volonté du gouvernement mauritanien d’appuyer davantage le secteur minier, stratégique pour l’économie du pays. Outre les quelques 380 millions de dollars US de retombées attendues à terme dans le pays, le dragage du chenal vise à rendre l’économie nationale plus résiliente et moins vulnérable aux chocs extérieurs liés la fluctuation du prix du fer.

Ce projet permettra de renforcer encore plus la contribution du secteur minier mauritanien à la dynamique de croissance du pays.

D’un coût total de 110 millions de dollars US, ce projet est également cofinancé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la SNIM, respectivement à hauteur de 55 millions et de 5 millions de dollars.

Par ailleurs l’AFD soutient le développement de l’industrie minière mauritanienne à travers un projet d’extension de la mine de Guelb el-Rhein dans le Tiris Zemmour. Contrainte par des capacités de production limitées en minerai enrichi (13 millions de tonnes par an à l’heure actuelle), la SNIM investit depuis 2009 dans le projet Guelb II en cours de finalisation (extension minière et modernisation des infrastructures de support nécessaires à l’accroissement de la production, investissements de 765 millions d’euros au total) pour lui permettre d’augmenter sa production annuelle de 4 millions de tonnes. Elle a par ailleurs démarré un vaste projet de développement (Nouhoudh, investissements estimés à 5 milliards de dollars) dont l’objectif principal est d’atteindre la production de 40 millions de tonnes par an en 2025, rejoignant ainsi le top 5 mondial des producteurs de minerai de fer.

Le boom de la production aurifère artisanale

L’activité minière artisanale et semi-industrielle liée à l’or a débuté en Mauritanie en 2016 dans la zone de Tijirit avant de s’étendre dans plusieurs wilayas. Cette activité est devenue un véritable levier de développement.

En effet, les ventes de cette activité, qui a créé des milliers d’emplois, ont atteint, l’année dernière, 328 milliards d’anciennes Ouguiya auxquels s’ajoutent 244 milliards de valeur ajoutée.

Ainsi, la matérialisation du programme « Mes Engagements » du Président de la République, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a permis de prendre d’importantes mesures telles que la création de la société Maaden Mauritanie, l’adoption d’une approche participative impliquant tous les acteurs du domaine, l’établissement d’une carte de minière comportant tous les sites sur le sol national.

A ces mesures s’ajoutent d’autres comme l’identification des zones de forage, la sensibilisation aux lieux menacés d’effondrement, l’établissement du premier guide de sécurité en langues nationales, la fourniture d’ambulances et le désenclavement de certaines zones.

Le projet de loi organisant l’activité minière artisanale et semi-industrielle liée à l’or, approuvé récemment en conseil des ministres, définit un statut juridique et institutionnel adéquat à Maaden Mauritanie pour lui permettre d’accomplir la mission d’encadrement de cette activité et définit la pratique l’orpaillage artisanal et semi-industriel.

Maaden Mauritanie a organisé des sensibilisations au profit des orpailleurs ainsi que la distribution d’eau potable. La société a installé des motopompes fonctionnant en énergie solaire sur certains puits et a acquis des unités de dessalement d’eau tout comme elle a équipé récemment ses représentations au niveau des sites d’exploitation.

A noter par ailleurs que Maaden Mauritanie a éliminé en toute sécurité les déchets liés à l’exploitation minière, a récemment remblayé les puits menacés d’effondrement grâce à l’utilisation de gros engins et sensibiliser les orpailleurs au respect des mesures de sécurité.

A noter enfin, affirmé que la loi réglementant l’activité minière artisanale et semi-industrielle liée à l’or est la première du genre dans le pays et même sur le continent africain. Le département n’a jusque là accordé aucun permis à une société ou entreprise étrangère pour entreprendre cette activité.

Par Bakary Gueye

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