Madar (Nouakchott) - À six jours de l'expiration du protocole de pêche entre la Mauritanie et l'Union européenne, à minuit le samedi 14 novembre 2026, aucun accord de renouvellement n'avait été annoncé ce dimanche 8 novembre au soir, alors que la Commission européenne a officiellement notifié aux États membres que les navires européens ne seront plus autorisés à pêcher dans les eaux mauritaniennes après cette date, et que la presse espagnole fait état d'une rencontre "in extremis" entre les deux parties ce lundi.
Il s'agit du plus important accord de pêche de l'UE avec un pays tiers : il permet à des navires de dix États membres de capturer jusqu'à 280 050 tonnes par an de crevettes, de poissons démersaux, de thons et de petits pélagiques dans la zone économique mauritanienne, en échange d'une contribution financière européenne de 60,8 millions d'euros par an, dont en moyenne 3,3 millions consacrés à l'appui à la politique sectorielle des pêches de la Mauritanie, selon la page de l'accord sur le site de la Commission européenne.
Une notification officielle de départ
Selon la notification de la Commission, citée vendredi 6 novembre par le quotidien espagnol La Voz de Galicia, "le protocole actuel de mise en œuvre de l'accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable entre l'Union européenne et la République islamique de Mauritanie expirera à minuit le 14 novembre 2026" et, "à partir de cette date, les navires de l'Union ne seront plus autorisés à exercer des activités de pêche dans la zone de pêche mauritanienne".
D'après le gouvernement régional d'Andalousie, l'expiration du protocole suspendra les licences de 60 navires européens, dont 25 basés dans des ports andalous, et pourrait menacer environ 500 emplois directs et indirects sur l'ensemble de la chaîne de valeur, en particulier au port de Cadix, où une grande partie du poisson pêché en Mauritanie est débarquée et vendue à la criée, ainsi qu'à Algésiras, Séville et Huelva.
"Nous ne pouvons pas permettre que l'absence de solution à temps laisse nos navires à quai", a déclaré le conseiller andalou chargé de la Pêche, Ramón Fernández-Pacheco, appelant Madrid et Bruxelles à examiner "toutes les voies possibles", qu'il s'agisse d'une application provisoire d'un nouveau protocole ou d'une formule transitoire.
La conseillère galicienne de la Mer, Marta Villaverde, a pour sa part demandé à la Commission européenne un "dernier effort" pour parvenir à un accord, avertissant qu'à défaut de prorogation, Bruxelles devra avoir prévu des solutions de rechange, comme l'accès à d'autres zones de pêche ou des compensations économiques pour l'arrêt forcé.
Une rencontre lundi, une ratification qui prendra des semaines
Selon le quotidien espagnol Faro de Vigo, paru samedi 7 novembre, le commissaire européen à la Pêche et aux Océans, Costas Kadis, doit rencontrer lundi la partie mauritanienne pour tenter de conclure les négociations. Même en cas d'accord, ajoute le journal, les navires ne pourraient reprendre la pêche qu'après la ratification, un processus qui prendra des semaines "dans le meilleur des cas". Ni la partie mauritanienne ni la partie européenne n'avaient annoncé officiellement cette rencontre dimanche soir.
Le journal rappelle le calendrier du protocole en vigueur : ses bases ont été posées le 28 juillet 2021, la Commission a présenté sa proposition au Conseil de l'UE le 28 septembre, le Conseil a autorisé son application provisoire le 11 novembre et la signature est intervenue le 15 novembre 2021, soit plus de trois mois au total. À l'époque, deux prorogations annuelles de l'ancien accord avaient évité l'arrêt de la flotte. Cette fois, selon Faro de Vigo, l'équipe du commissaire a écarté devant des eurodéputés l'option d'une prorogation, estimant qu'elle prendrait presque autant de temps que l'adoption d'un nouvel accord.
L'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas et la Lettonie avaient demandé en octobre au commissaire européen d'accélérer les négociations et d'étudier une prolongation du protocole actuel par le mécanisme de reconduction tacite prévu par l'accord de partenariat, faute d'accord avant le 14 novembre.
Le différend sur la contrepartie financière
Les deux parties n'ont pas détaillé officiellement les points en suspens. Mais selon des représentants du secteur cités par la presse espagnole, le différend porte surtout sur la contrepartie financière : d'après Faro de Vigo, la Mauritanie cherche à obtenir davantage en échange de l'accès à ses pêcheries, tandis que Bruxelles n'a pas relevé son offre. El Confidencial cite le président de la Confédération espagnole de la pêche (Cepesca), Julio Morón, selon qui Bruxelles propose un montant proportionnel à la réduction de la flotte couverte par l'accord, alors que la Mauritanie réclame le même montant qu'auparavant.
Selon La Voz de Galicia, les armateurs se sont proposés d'assumer une hausse de 10 % des redevances qu'ils versent pour pêcher. Selon Faro de Vigo, l'UE a versé à la Mauritanie 304 millions d'euros au cours des cinq dernières années, dont 287,5 millions pour l'accès aux pêcheries et 16,5 millions d'appui sectoriel.
La ministre des Pêches et des Infrastructures maritimes et portuaires, Aïssata Lam, s'était entretenue en octobre avec Costas Kadis, par visioconférence, des moyens de rapprocher les positions, soulignant l'importance de poursuivre le dialogue pour parvenir à des "résultats équilibrés" tenant compte des intérêts communs, selon le ministère. Quatre cycles de négociation se sont tenus depuis janvier sans annonce d'accord, la presse espagnole évoquant dès la mi-octobre un blocage.
La flotte espagnole en première ligne
Selon Faro de Vigo, l'accord concerne pour l'Espagne une cinquantaine de navires, dont une douzaine galiciens. Des sources du ministère espagnol de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation, citées par le journal, assurent que "l'Espagne continue de redoubler d'efforts et de faire pression pour que la Commission européenne parvienne à un accord avec la Mauritanie" et qu'"il reste une semaine qui peut être décisive, car les contacts s'intensifient".
Le secteur, lui, se montre pessimiste. Le directeur de l'organisation des armateurs européens Europêche, Daniel Voces, a estimé que le 14 novembre "sera un jour très triste pour le secteur". Le secrétaire général de la fédération espagnole Cepesca, Javier Garat, a réclamé que le protocole soit conclu "le plus tôt possible" et que des mécanismes permettent aux navires de travailler dans d'autres pêcheries ou d'être indemnisés, même si une telle compensation n'est pas prévue par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture. Un responsable de l'organisation de producteurs Opromar a averti qu'"aucun navire européen ne pourra pêcher là-bas, même avec des licences privées", la clause d'exclusivité des accords européens interdisant les licences privées tant que l'accord reste en vigueur.
Ce que cela signifie pour la Mauritanie
En Mauritanie, l'échéance tombe alors que le gouvernement compte sur les recettes de pêche dans le budget 2027. Selon le Rapport économique et financier publié ce dimanche par le ministère des Finances parmi les annexes du projet de loi de finances, les recettes de pêche atteindraient 10,10 milliards MRU en 2027, après une prévision de 10 milliards en 2026, alors que le tableau des opérations financières de l'État n'en fait apparaître que 3,50 milliards à fin septembre 2026. Le rapport range cette hypothèse parmi les deux qui "méritent d'être examinées", seuls 3,23 milliards MRU ayant été recouvrés en huit mois.
Le rapport sur les ressources naturelles, annexé au même projet, avait qualifié l'expiration du protocole de pêche avec l'UE de "principal facteur d'incertitude" pour les recettes de pêche de l'an prochain.
Le Rapport économique et financier indique que la pêche représente 4,44 % du PIB, en deçà de l'objectif de 5,4 %, qu'elle compte 130 979 emplois directs et que son activité a rebondi de 14,3 % au deuxième trimestre 2026, grâce à la reprise des captures de céphalopodes et de crustacés.
L'Agence mauritanienne d'information n'avait publié dimanche soir aucun commentaire officiel sur l'approche de l'échéance. L'accord de partenariat lui-même, signé le 15 novembre 2021 pour six ans renouvelables tacitement, reste en vigueur : seul expire le protocole qui fixe les possibilités de pêche et la contrepartie financière.




