Madar (Nouakchott) - Le Premier ministre El Moctar Ould Djay a affirmé dimanche 18 octobre 2026 que la dette de la Mauritanie traverse « sa meilleure période », évoquant une dette extérieure d'environ 32 % et moins de 15 pays africains mieux placés, dans une déclaration à la presse au terme de sa tournée à Nouakchott. Que disent les rapports des institutions internationales sur l'évolution de la dette depuis sa prise de fonctions en août 2024 ?
À sa prise de fonctions
Lorsque Ould Djay a été nommé Premier ministre en août 2024, les dernières données du Fonds monétaire international (FMI), publiées en décembre de la même année, situaient la dette publique à environ 47,9 % du PIB fin 2023 et la dette publique extérieure à environ 41,4 % du PIB, soit quelque 4,03 milliards de dollars, avec un risque de surendettement jugé « modéré ».
Les chiffres aujourd'hui
Dans son rapport de juin 2026, le FMI estime la dette publique à 43,5 % du PIB fin 2024, puis à 39,9 % fin 2025. Dans sa lettre annexée au même rapport, le gouvernement indique que la dette publique est tombée à 39,2 % du PIB fin 2025, « sous les 40 % pour la première fois depuis 2012 », et que la dette extérieure a atteint 32,7 %, contre environ 37 % fin 2024. Ce dernier chiffre correspond au taux cité par le Premier ministre.
Le service de la dette recule, selon le FMI, de 7,1 % du PIB en 2025 à 6 % prévus en 2026, tandis que le déficit budgétaire global est passé de 1,4 % du PIB en 2024 à 0,3 % en 2025.
Des ratios en baisse, un encours stable
Les tableaux du FMI montrent toutefois que l'encours de la dette publique extérieure en dollars est resté quasi stable : environ 4 milliards en 2023, 4,06 milliards en 2024 et 4,03 milliards en 2025, avec une hausse prévue à 4,29 milliards en 2027. La baisse des ratios tient donc surtout à la croissance du PIB, portée par le gaz et l'or, plutôt qu'à une réduction de la dette elle-même.
Le FMI prévoit une légère remontée de la dette publique à 40,7 % du PIB en 2026, avant une stabilisation autour de 38 % à moyen terme.
Une notation inchangée
La notation n'a pas changé depuis l'arrivée d'Ould Djay : l'analyse conjointe de viabilité de la dette du FMI et de la Banque mondiale maintient la Mauritanie en risque « modéré », avec « une certaine marge pour absorber les chocs ». La Banque mondiale confirme cette évaluation sur sa page consacrée au pays.
S'agissant de la comparaison africaine, la liste du FMI des notations de la dette des pays à faible revenu, actualisée en mars 2026, ne compte aucun pays africain en risque « faible » ; la Mauritanie partage la notation « modéré » avec plusieurs autres pays africains, la liste n'incluant pas les pays à revenu intermédiaire comme le Maroc, l'Algérie ou l'Égypte. Le Premier ministre n'a pas précisé l'indicateur retenu pour sa comparaison.
Ce que les ratios ne montrent pas
Le FMI relève des engagements non comptabilisés dans la dette publique, notamment un prêt de 567,8 millions de dollars (4,7 % du PIB) contracté par la Société mauritanienne des hydrocarbures pour financer la part de l'État dans le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), ainsi que la dette non garantie de la SNIM et les engagements liés aux partenariats public-privé.
Il note aussi la baisse des réserves de change, de 8,2 mois d'importations hors industries extractives en 2021 à 5,4 mois en 2025, des arriérés anciens non réglés, dont des dettes envers le Fonds arabe pour le développement économique et social, ainsi que les risques liés aux prix des matières premières et au renchérissement des importations pétrolières dû à la guerre au Moyen-Orient, qui a imposé une loi de finances rectificative pour 2026.
Le débat sur les financements
Sur le plan intérieur, le député d'opposition Mohamed Bouy Cheikh Mohamed Fadel a affirmé que la Mauritanie a reçu de la Banque mondiale environ 1,4 milliard de dollars entre 2019 et 2026, contre 1,3 milliard entre 1960 et 2019, selon Maghreb Émergent ; le gouvernement a répondu que les financements approuvés ne sont pas tous des dettes et qu'il faut en distinguer les dons et les montants non décaissés.
Dimanche, Ould Djay a défendu le recours aux prêts pour financer les projets de services, précisant qu'environ 80 milliards d'ouguiyas du financement des projets visités ont été mobilisés localement, dont un projet d'assainissement de 74 milliards financé sur ressources de l'État.




