MADAR/Nouakchott le 04-04-2026
Hakim, la quinzaine déjà consommée est un abonné à la mosquée Ibn Rushd située à quelques encablures de la mairie de Dar Naim dans la moughataa de Nouakchott Nord.
Il ne rate aucune prière et s’impose comme membre de droit de la « jemaat Lemsid » (les tuteurs de la mosquée).
Hakim est autiste mais affiche toujours son air débonnaire distribuant généreusement ses salamaleks aux fidèles venus remplir leur devoir religieux.
De teint clair, trapu et toujours bien nippé, ses yeux couleur noisette pétillent de malice.
Intelligent et doté d’un bon esprit d’initiative, il est toujours au premier rang derrière l’imam malgré son comportement bizarroïde au moment de la prière où il s’adonne à des grimaces et autres singeries qui distraient les fidèles.
Hakim perturbe aussi la quiétude générale au moment des prières où il s’érige toujours en adjoint autoproclamé de l’imam en se donnant le rôle de répétiteur, relayant à haute voix les « takbirs » (allahu akbar) et les mouvements de l’imam.
Et là il ne se fait pas prier et en fait toujours un peu trop, suscitant parfois la grogne de certains visiteurs des lieux.
Malgré toutes ses frasques, les responsables de la mosquée, l’imam en tête ferment les yeux devants tous ses agissements peu orthodoxes.
En effet Hakim, vu son état bénéficie de circonstances atténuantes et on considère que c’est juste selon la formule consacrée un « Saleh mine salihine », c’est-à-dire un saint parmi les saints.
Seulement, Hakim n’est pas toujours aussi bien choyé. Si du côté des adultes on comprend sa situation et on fait tout pour le ménager, tel n’est pas le cas du côté des enfants dont il constitue une attraction de choix.
Ils se moquent de lui et le provoquent régulièrement, mais ses réactions ne se font pas attendre.
Hakim est un battant. Et malgré son air bon enfant, il répond toujours du tic au tac aux niaiseries de ses amis qu’il arrive toujours à tenir en respect.
Ainsi, malgré des malformations congénitales visibles à l’œil nu, sur le visage et surtout sur la bouche, avec des va-et-vient automatiques, Hakim force le respect par sa forte personnalité et sa volonté affichée de s’intégrer au sein de la société.
A la mosquée, il essaie toujours de se montrer utile en balayant la mosquée, en s’occupant du tapis de prière de l’imam et en rangeant les micros après la prière.
Tous ces actes d’apparence anodins sont en réalité l’expression d’une volonté affichée de se rendre utile pour la communauté.
Selon son frère, Hakim était un enfant normal à la naissance mais à l’âge de trois ans des signes mystérieux ont commencé à apparaitre sur son corps. Seulement,soutient notre interlocuteur, il a la chance d’être bien entouré.
A la maison il est bien traité et bien encadré.
Son père qui tient une « mahadra » dans le coin est toujours à ses côtés. L’indulgence de son entourage fait le reste.
Grace à un accompagnement et à une inclusion sociale de fait, il arrive à mener une vie plus ou moins normale à côté des siens.
Bakary Gueye/REJADE






