Présidentielle 2024 au Sénégal : Une élection très ouverte

MADAR/Nouakchott/Le 28-12-2023

A près de 2 mois du prochain scrutin présidentiel prévu le 25 février prochain, les grandes manœuvres ont commencé pour ces joutes électorales qui s’avèrent très disputés.

C’est ainsi qu’à la clôture du dépôt des candidatures le 26 décembre 70 prétendants dont le célèbre opposant Ousmane Sonko, bête noire du pouvoir actuel, ont réussi à franchir le Rubicon en déposant leurs dossiers.

Les dits dossiers seront étudiés et passés au peigne fin par le Conseil Constitutionnel qui rendra public la liste définitive des heureux élus le 04 janvier ;

Afin de déposer leurs candidatures, les candidats à l’élection présidentielle doivent respecter un certain nombre de règles.

Ils doivent retirer des fiches de parrainage à la Direction Générale des Élections (DEG). Les candidats peuvent se faire parrainer soit par des électeurs, soit par des élus.

Pour la première option, il faut récolter entre 44 231 et 58 975 signatures d’électeurs venant de 7 régions sur les 14 que compte le pays.

Pour la seconde, il faut l’aval de 13 députés ou 120 maires et présidents de conseils départementaux.

Les candidats doivent ensuite rapporter leurs fiches remplies à la DEG avant la date limite annoncée.

Qui succèdera à Macky Sall à la tête du Sénégal ? Telle est la question qui taraude tous les observateurs.

Après avoir effectué deux mandats, l’actuel président du pays a annoncé au mois de juillet 2023 qu’il ne se représentera pas une nouvelle fois. Il laissera la place à son dauphin, l’actuel Premier ministre Amadou Bâ qui est fait parti des favoris.

Les derniers jours avant la clôture des dépôts de candidature ont été cruciaux pour certains candidats comme l’opposant Karim Wade, 55 ans, fils et ancien ministre de l’ex-président Abdoulaye Wade.

L’ancienne Première ministre Aminata Touré aussi a annoncé le dépôt de sa candidature.

Outre l’ex-Pastef, les principales figures de l’opposition sont lancées dans la course à la succession de Macky Sall.

Principaux candidats :

Amadou Ba

D’abord il y aura dans la course Amadou Ba, le poulain de Macky Sall et candidat en principe soutenu par le pouvoir.

Né le 17 mai 1961 à Dakar, il est membre de l’Alliance pour la République. Il est Premier ministre du Sénégal depuis le 17 septembre 2022

Lors de la formation du gouvernement Touré, le 2 septembre 2013, il est nommé ministre de l’Économie et des Finances, en remplacement d’Amadou Kane.

Entre 2019 et 2020, il est ministre des Affaires étrangères, sous la présidence de Macky Sall.

À l’échelle locale, Amadou Ba est responsable du parti présidentiel de l’Alliance pour la République aux Parcelles assainies, une commune de la ville de Dakar

À l’issue des élections législatives de 2022, Amadou Ba est élu député de la XIVe législature, sur la liste de la coalition présidentielle d’Unis par l’espoir (BBY).

Le 17 septembre 2022, Amadou Ba est nommé Premier ministre, l’obligeant a démissionner de son mandat de député ; il est remplacé par le suivant sur la liste, le jeune Abdoulaye Diagne.

Le 7 octobre 2023, Amadou Ba est reconduit en tant que Premier ministre par Macky Sall cinq mois avant l’élection présidentielle de 2024 à laquelle il est candidat.

Le 9 septembre 2023, il est choisi par le Président Macky Sall pour être candidat de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) pour l’élection présidentielle de 2024

Ousmane Sonko

C’est à l’heure actuelle le principal opposant au pouvoir de Macky Sall. Ousmane Sonko, Président du parti politique PASTEF-Les Patriotes : « Patriotes du Sénégal pour l’Ethique, le Travail et la Fraternité », créé en janvier 2014, est né le 15 juillet 1974 à Thiès.

Inspecteur principal des Impôts et des Domaines, ancien vérificateur fiscal, Ancien chef de Brigade de vérification fiscale, chargé du secteur immobilier  et ancien auditeur interne à la Direction du Contrôle Interne (DCI) de la Direction Générale des Impôts et Domaines (DGID).

Il fut député à l’Assemblée nationale de 2017 à 2022 et maire de la ville de Ziguinchor depuis 2022.

Considéré comme étant le candidat de la jeunesse, son parti a été dissous récemment.

Idrissa Seck

Il fut le premier soutien de Macky Sall à avoir annoncé il y a 10 mois sa candidature à la présidentielle de 2024.

Idrissa Seck, Idy pour les intimes est âgé de 63 ans. Il fut Chef du gouvernement entre 2002 et 2004 sous l’ex-président Abdoulaye Wade, il était deuxième lors de la présidentielle de 2019 et également candidat malheureux aux élections présidentielles de 2007 et 2012.

Opposant au président Macky Sall, Seck avait ensuite rejoint en novembre 2020 le camp présidentiel et avait été dans la foulée nommé par le chef de l’Etat à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE), une institution consultative.

Allié du président Macky Sall lors de la victoire en 2012 contre le président de l’époque Abdoulaye Wade, Seck avait quitté une année plus tard la majorité avant de la rallier à nouveau en 2020.

Il est le tout premier de la grande majorité présidentielle à se déclarer candidat à la magistrature suprême, alors que le président Macky Sall ne s’était toujours pas prononcé sur la question.

Arrivé deuxième lors du dernier scrutin de 2019, l’ancien premier ministre se présente pour la quatrième fois à la magistrature suprême (2007, 2012, 2019). Resté discret, presque effacé de la scène politique depuis son ralliement au camp présidentiel en acceptant la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE) en 2020, il est finalement sorti de sa grande réserve et affiché ses ambitions.

Khalifa Sall

Khalifa Sall, né le 1er janvier 1956 à Louga (Sénégal), est  membre du Parti socialiste, plusieurs fois ministre sous la présidence d’Abdou Diouf, maire de Dakar de 2009 à 2018.

En 1983, à la faveur des élections générales, il devient député à l’Assemblée nationale, l’un des plus jeunes de cette législature marquée par la présence de plus en plus imposante de l’opposition dirigée par Abdoulaye Wade.

Khalifa Sall a hérité, entre-temps, du très stratégique poste de secrétaire national des Jeunesses socialistes, conduit à l’époque par Djibo Leïty Kâ en tant que chargé de l’encadrement des jeunes, avec des membres comme Gorgui Sène, Boubacar Thioube et Babacar Sadikh Seck.

De 1984 à 2001, il est adjoint au maire de Dakar, Mamadou Diop. En parallèle, il reste député jusqu’en 1993 comme membre du bureau, année au cours de laquelle il entre au gouvernement comme ministre délégué auprès du premier ministre chargé des relations avec les Assemblées en succédant à ce poste Coumba Ndoffène Bouna Diouf.

Il occupera ce poste jusqu’en 1998 et devient alors ministre du commerce et de l’artisanat du dernier gouvernement du président Abdou Diouf dirigé par Mamadou Lamine Loum, son conseiller « économie et finances » à la mairie de Dakar.

Il est le premier maire de la nouvelle commune d’arrondissement de Grand Yoff, de 1996 à 2000.

Après l’alternance politique, intervenue en mars 2000, au Sénégal, Khalifa Sall met son expérience et son expertise, au service de plusieurs pays de la sous-région africaine, notamment, sur des questions électorales, renforcement des capacités et prérogatives des parlements.Le 18 avril 2009, Khalifa Sall est ainsi élu maire de Dakar.

La nuit du 7 au 8 mars 2017, Khalifa Sall est placé en détention avec cinq de ses collaborateurs pour détournement de fonds publics. Cette arrestation fait suite à la conférence de presse du 3 mars 2017, au cours de laquelle le procureur Serigne Barissou Guèye avait annoncé qu’une information judiciaire allait être ouverte contre Khalifa Sall : un rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) fait état d’un détournement d’un montant d’1,83 milliard de francs CFA qui auraient été « pris des caisses » de la ville de Dakar « sans justification ».

Le 29 septembre 2019, il est gracié par le président Macky Sall1.

Il recouvrait ainsi la liberté après plus de deux ans de détention.

Khalifa Ababacar Sall a fortement contribué à la mise sur pied de la coalition politique de l’opposition dénommée Yewwi Askan Wi (Yaw) (Délivrer le peuple), en vue des élections locales, législatives de 2022 et plus tard pour la présidentielle de 2024.

Abdoul Mbaye

Abdoul Mbaye est un économiste, un banquier. Il a aussi servi son pays en tant qu’ancien Premier du Sénégal. « Son profil exaltant et compétent a motivé ce choix concrétisé le 9 décembre 2023 lors de la cérémonie d’investiture », indique le document publié par son alliance, « la Coalition ABDOUL 2024 »

Aminata Touré

Aminata Touré fut d’abord connu comme militante pour les droits de l’homme et fonctionnaire à l’ONU, elle est ministre de la Justice de 2012 à 2013, Première ministre de 2013 à 2014 et présidente du Conseil économique, social et environnemental de 2019 à 2020.

En février 2015, elle est nommée par Macky Sall au poste d’envoyée spéciale du président de la République, pour toute sorte de missions nationales et internationales9.

En mai 2019, le président Sall la nomme présidente du Conseil économique, social et environnemental. Ce poste fait d’Aminata Touré le troisième personnage de l’État. Elle est limogée en octobre 2020, en même temps que le gouvernement, et est remplacée par Idrissa Seck.

Aminata Touré est la tête de liste de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY), coalition qui soutient le président Sall, lors des élections législatives de juillet 2022. Elle mène la coalition à la majorité avec 82 voix sur 165, néanmoins cette majorité est bien plus faible qu’à la législature précédente où BBY avait 125 sièges. Touré est candidate à la présidence de l’Assemblée nationale mais le président Sall lui préfère Amadou Mame Diop, un député peu connu, et ce dernier est élu le 12 septembre 2022. Aminata Touré quitte l’Assemblée avant le vote et dénonce le choix d’Amadou Mame Diop qui serait régi par les « liens familiaux » entre le président Sall, et plus précisément sa femme Marième Faye Sall, et Diop. Peu après, Touré fait état publiquement de tentatives de « neutralisation physique » à son encontre envisagées dans l’« entourage » de Macky Sall et de sa femme. Le 25 septembre, elle annonce quitter le groupe parlementaire BBY à l’Assemblée et siéger comme non-inscrite.

Elle s’exprime aussi clairement contre la possibilité d’une modification de la constitution pour permettre à Macky Sall de briguer un troisième mandat. Elle annonce alors envisager sa candidature à l’élection présidentielle prévue pour 2024.

En janvier 2023, elle est déchue de son mandat de député pour avoir quitté le parti sous les couleurs duquel elle a été élue (article 60 de la constitution du Sénégal). Sa déchéance est votée par le bureau de l’Assemblée nationale à la demande de l’APR, le parti du président Sall

Karim Meïssa Wade

Karim Meïssa Wade est le fils de l’ex président de la République Abdoulaye Wade, qui le nomme en 2009 ministre d’État, de la Coopération et des Transports. Candidat malheureux aux élections municipales de Dakar en 2009, il est à un moment pressenti pour succéder à son père à la présidence. Il quitte le gouvernement après la défaite de celui-ci, en 2012.

En 2013, il est incarcéré pour enrichissement illicite à l’issue d’un procès controversé. Gracié en 2016 par son opposant le président Macky Sall tout en restant condamné à payer une amende, il part en exil au Qatar. Il reste le candidat déclaré de son parti, le PDS, pour les élections présidentielles de 2019 (candidature invalidée) et rempile en 2024.

Mahammed Dionne

Mahammed Dionne, fût nommé Premier ministre du 6 juillet 2014 au 14 mai 2019. Il est né le 22 septembre 1959 à Gossas dans la région de Fatick.

Mahammed Dionne a commencé sa carrière professionnelle en 1983, à la compagnie IBM France (Division des Opérations Extérieures), à Paris puis à Dakar, en qualité d’Ingénieur Technico-Commercial, avant de rejoindre en 1986, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO Siège). Il a occupé successivement au sein de la banque, les fonctions de fondé de pouvoir, sous-directeur, puis directeur. En 1997, il est détaché par la BCEAO auprès du gouvernement du Sénégal.

Dans le cadre de son détachement, Mahammed Dionne a occupé, de 1997 à 2003, les fonctions de directeur de l’Industrie au ministère chargé de l’Industrie, puis de chef du bureau économique du Sénégal à Paris avec rang de ministre-conseiller, de 2003 à 2005, et enfin, de Directeur de cabinet du Premier ministre Macky Sall de 2005 à 2007.

En juillet 2007, après l’élection de Macky Sall à la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal, Mahammed Dionne y devient son directeur de cabinet, de 2007 à 2008.

Par la suite, il quitte l’administration sénégalaise et rejoint l’Organisation des Nations unies pour le Développement industriel (ONUDI) en qualité de représentant résident en Algérie jusqu’en décembre 2010.

De 2011 à mars 2014, il rejoint le siège de l’ONUDI à Vienne (Autriche) où il exerce la fonction de Coordinateur Senior de la Coopération Sud-Sud puis, comme chef du programme pour l’Afrique et les pays les moins avancés.

Le 6 juillet 2014, Mahammed Dionne est nommé Premier ministre par le président Macky Sall1. En juillet 2017, lors des élections législatives, il a conduit avec succès la liste de Benno Bokk Yaakar (BBY), la Coalition gouvernementale sortante, qui a remporté 125 députés sur les 165 que compte l’Assemblée nationale du Sénégal. Elu député, il démissionna de l’Assemblée nationale parce que reconduit à la fonction de Premier Ministre. Plus tard en 2019, lors de l’élection présidentielle, il est désigné à la tête du Pôle Programme au sein du directoire de campagne du Président Macky Sall. Avec son équipe, il a conçu, dans ce cadre, en relation avec le candidat Macky Sall, le programme « LIGGEEYAL ELLEK » ou « Le Rendez-vous avec l’Avenir » composé de 5 nouvelles initiatives présidentielles, 3 programmes sectoriels à l’échelle nationale et 5 accès universels.

Plusieurs autres prétendants dont d’ex ministres et autres chefs de partis sont aussi dans la course et pourraient jouer au trouble-fête.

On peut citer entre autres Dr Cheikh Tidiane Gadio (Mouvement politique citoyen -Luy jot jotna) ex ministre des affaires étrangères et Aly Ngouille Ndiaye de la Coalition Aly Ngouille2024.

Mais il va falloir pour tous ces candidats passer d’abord le test du Conseil Constitutionnel. En 2019, l’institution avait rejeté vingt des vingt-sept candidatures en raison d’erreurs ou de doublons détectés dans les dossiers.

Quoiqu’il en soit, l’élection présidentielle de 2024 pourrait être l’une des plus ouvertes de l’histoire politique du Sénégal. Pour la première fois, le scrutin se tiendra sans la participation du président sortant qui, après douze années au pouvoir, s’est engagé le 3 juillet à ne pas briguer de troisième mandat.

La Rédaction

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