Madar (Ouagadougou) - Le Burkina Faso entend mobiliser 30 milliards de francs CFA sur cinq ans pour une feuille de route nationale de l'intelligence artificielle couvrant 2026-2030, qui vise la création de 5 000 emplois spécialisés et la formation d'au moins 500 experts et 140 leaders communautaires, selon la présentation faite le vendredi 23 octobre 2026 par le Dr Yaya Traoré, secrétaire permanent de l'innovation et de la veille sur les technologies émergentes du numérique, rapportée dimanche 25 octobre par Lefaso.net.
Le document, élaboré en dix mois de travaux et de concertations, a été validé le 19 juin 2026, mais sa publication officielle reste attendue. Il s'inscrit dans les 12 chantiers de la transition digitale à l'horizon 2030, en particulier le 11e, consacré à "une intelligence artificielle au service de tous les Burkinabè".
L'enveloppe prévisionnelle est répartie entre cinq domaines : 10,5 milliards de FCFA (35 %) pour le développement et l'expérimentation de solutions d'IA, 6 milliards (20 %) chacun pour les infrastructures souveraines et la préparation des données, 4,5 milliards (15 %) pour la formation et 3 milliards (10 %) pour la gouvernance et la coordination. Le Dr Traoré reconnaît que ce montant peut paraître modeste au regard des ambitions, mais y voit une base pour engager progressivement les actions prioritaires.
La feuille de route retient 23 preuves de concept autour de quatre défis : sécurité et cohésion sociale, gouvernance publique, capital humain et infrastructures. Parmi les exemples cités figurent la détection des contenus haineux et des deepfakes, le repérage d'anomalies dans les marchés publics, l'aide au diagnostic médical et la traduction dans les centres de santé.
La première phase portera sur trois langues nationales, le mooré, le dioula et le fulfuldé, et des accords ont été signés avec la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) pour collecter les données linguistiques. Le document vise aussi un hébergement national d'au moins 80 % des données concernées, les données et modèles devant rester sous la propriété de l'État. Un Conseil de l'intelligence artificielle est envisagé, son rattachement à la Présidence ou à la Primature restant à déterminer.
L'année 2026 est consacrée au lancement, la période 2027-2028 à l'accélération des premières applications, puis viendra le passage à l'échelle des solutions conformes aux exigences techniques, éthiques et de sécurité, avec une révision prévue en 2028. Le conférencier a cité plusieurs risques : la qualité insuffisante des données, les difficultés de connectivité et les pannes d'infrastructures en zone rurale, ainsi que la dépendance excessive aux partenaires techniques et financiers.




