Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 4,5 % en Afrique subsaharienne en 2026 et en 2027, soit une révision à la hausse de 0,2 point par rapport à ses prévisions d'avril. Il met toutefois en garde contre des pressions croissantes sur les prix et les finances publiques. Zeine Zeidane, directeur du département Afrique du FMI, a présenté ces perspectives jeudi 15 octobre à Bangkok, lors d'un point de presse organisé en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale pour exposer la mise à jour des perspectives économiques régionales.
Il s'agissait de sa première conférence de presse à la tête du département, dont il a pris la direction en mai, après Abebe Aemro Selassie. Avant de rejoindre le FMI en 2012, Zeidane avait été Premier ministre de Mauritanie de 2007 à 2008 et gouverneur de la Banque centrale. Monfort Mlachila, directeur adjoint du département Afrique, participait également à la rencontre.
Zeidane a résumé le message du rapport par son titre : « Une croissance résiliente, des perspectives incertaines ». La croissance a tenu bon, a-t-il souligné, y voyant une raison d'afficher un optimisme prudent.
Réformes et adaptation
Il a attribué cette résistance aux réformes engagées auparavant et à la capacité d'adaptation des économies. Il a notamment cité les réformes des subventions et des changes en Éthiopie et au Nigeria, ainsi que les réformes structurelles en Afrique du Sud, qui ont renforcé, selon lui, la stabilité macroéconomique. Les flux mondiaux d'approvisionnement énergétique ont par ailleurs été réorientés, une partie des stocks a été utilisée et les entreprises ont adapté leurs sources d'approvisionnement et leur logistique.
Interrogé sur le relèvement de la prévision de croissance de 4,3 % à 4,5 %, Zeidane a expliqué que les indices des directeurs d'achat des six ou sept premiers mois de l'année montraient une activité particulièrement résistante. La région avait terminé 2025 avec sa croissance la plus rapide depuis plus d'une décennie, un solde budgétaire primaire presque équilibré, une dette stabilisée, une inflation faible et une amélioration des comptes courants. Les pays africains avaient ainsi abordé la crise avec des marges de sécurité solides, a-t-il estimé.
« La résilience n'est pas l'immunité »
Zeidane a toutefois averti que la résilience ne signifiait pas l'immunité. Les chiffres régionaux recouvrent des situations très différentes : la hausse des cours du pétrole, du cuivre et de l'or amortit le choc dans certains pays exportateurs, tandis que la croissance ralentit et que les déficits extérieurs se creusent dans les économies moins dépendantes des ressources naturelles.
Selon les projections présentées, l'inflation médiane de la région passerait de 3,4 % en 2025 à 4,3 % cette année, puis à 5 % en 2027. Les coûts des carburants et des transports ont déjà augmenté, tandis que le renchérissement des engrais pourrait peser sur les prix alimentaires et la sécurité alimentaire.
Les gouvernements disposent de peu de marge pour réagir, a poursuivi Zeidane. L'ajustement budgétaire engagé avant le choc a réduit les déficits et les ratios d'endettement, mais les réserves de sécurité restent limitées. Dans un pays type de la région, les intérêts absorbent environ 13 % des recettes publiques, au détriment des dépenses sociales et de l'investissement public. L'emprunt extérieur demeure coûteux et le recours accru aux banques locales risque de réduire le crédit disponible pour les entreprises. L'aide bilatérale à la région devrait, de son côté, diminuer encore de 12 % en 2026, après une forte baisse l'an dernier.
Le responsable du FMI a jugé les risques nettement orientés à la baisse. Une nouvelle perturbation des approvisionnements énergétiques, une forte hausse de l'aversion mondiale au risque ou un épisode El Niño marqué pourraient accentuer les tensions. Les conflits et l'insécurité continuent également de freiner l'activité dans certaines parties de la région.
Trois priorités
Zeidane a défini trois priorités pour les décideurs. La première consiste à protéger les ménages vulnérables tout en préservant un espace budgétaire restreint. Il a qualifié les subventions généralisées aux carburants de coûteuses et mal ciblées. Dans un scénario illustratif du rapport, leur coût pourrait atteindre environ 4 % du produit intérieur brut, contre au plus un demi-point de PIB pour des transferts ciblant les 40 % les plus pauvres de la population et leur procurant le même bénéfice. Lorsque les dispositifs de versement sont insuffisants, il a préconisé d'autres instruments, comme les repas scolaires. Tout soutien temporaire aux prix devrait être financé de manière transparente, plafonné et limité dans le temps.
La deuxième priorité est de préserver la stabilité économique. Les pays exportateurs devraient épargner l'essentiel de leurs recettes exceptionnelles, notamment en remboursant les dettes coûteuses. Ceux qui subissent une hausse de leur facture d'importation devraient poursuivre l'ajustement budgétaire tout en protégeant les services essentiels et l'investissement productif. Un resserrement monétaire pourrait être nécessaire dans de nombreux pays pour empêcher que des tensions temporaires sur les prix ne deviennent une inflation persistante. Lorsque le régime le permet, la flexibilité du taux de change peut absorber le choc et préserver les réserves. Zeidane a également insisté sur la transparence de la dette.
La troisième priorité est de ne pas perdre de vue la croissance et les réformes : une électricité plus fiable, une meilleure connectivité numérique, des compétences renforcées et un environnement des affaires plus prévisible. L'intégration régionale dans le commerce et l'énergie figure aussi parmi les leviers proposés.
En conclusion de son intervention liminaire, Zeidane a estimé que la résilience de la région était réelle, mais qu'elle ne devait pas être financée au prix d'un sacrifice de la croissance future.
Un moteur potentiel de la croissance mondiale
À propos du passage de la stabilisation à la croissance, il a souligné que la population jeune et en expansion rapide de l'Afrique pouvait faire du continent un moteur de la croissance mondiale, à condition de mobiliser davantage de capitaux, y compris l'épargne intérieure. Selon une analyse du FMI qu'il a citée, combler la moitié du retard en matière de gouvernance, d'environnement des affaires et d'intégration internationale pourrait accroître le PIB du continent de plus de 20 % en cinq à dix ans.
Les pays de la région ont émis environ 12 milliards de dollars d'obligations internationales durant les neuf premiers mois de l'année, a-t-il indiqué. Leurs efforts pour réduire les écarts de rendement ont cependant été contrariés par la hausse des taux de référence : les rendements des bons du Trésor américain à dix ans ont augmenté de plus de 100 points de base. Le coût de l'emprunt n'a donc pas réellement diminué, selon lui, et le recours aux marchés doit être évalué au cas par cas.
Concernant l'intelligence artificielle, Zeidane a cité une étude du FMI selon laquelle une adoption plus large de ces technologies pourrait apporter plus de quatre points de croissance supplémentaires à la région sur dix ans, soit environ 0,4 point par an. Il a notamment évoqué l'agriculture, l'éducation, la santé et les services publics. Les exportateurs de minerais critiques pourraient aussi bénéficier de la transition énergétique et des besoins liés à l'IA. Son effet global sur l'emploi reste toutefois incertain, a-t-il ajouté, alors que l'exposition de la main-d'œuvre africaine à ces technologies demeure faible.
Dette sénégalaise : une évolution jugée positive
Interrogé sur la dette du Sénégal, Zeidane a jugé la situation des discussions très favorable. Le FMI et les autorités sont parvenus à un accord au niveau des services, a-t-il expliqué. Le gouvernement poursuit les réformes soutenues par le programme, a engagé des conseillers financiers et a manifesté son intérêt pour un traitement de sa dette dans le Cadre commun du G20.
Une première réunion consacrée au Sénégal dans le cadre de la Table ronde mondiale sur la dette souveraine s'est tenue mercredi, en présence des principaux créanciers bilatéraux officiels et du ministre sénégalais. Zeidane a qualifié les échanges de positifs. Il a précisé que le FMI avait offert, pour la première fois de manière structurée, ses bons offices afin de faciliter un traitement rapide de la dette. Une première rencontre dans ce dispositif, réunissant créanciers officiels et privés, avait eu lieu environ une semaine plus tôt. Les discussions évoluent dans la bonne direction, a-t-il estimé.
Sans fixer de calendrier pour l'aboutissement du processus, il a expliqué que la présentation du programme au conseil d'administration du FMI exigeait des assurances de financement des créanciers officiels. Ces assurances ne constituent pas l'accord de traitement de la dette lui-même. Si le comité des créanciers du Cadre commun approuve la proposition sénégalaise, le Fonds peut considérer cette étape comme une assurance de financement ouvrant la voie à l'approbation du programme, avant les négociations bilatérales avec chaque créancier. Les modèles de protocoles d'accord préparés avec les pays du G20 dans le cadre de la Table ronde pourraient accélérer la procédure.
Nigeria, Éthiopie et Cameroun
Pour le Nigeria, Monfort Mlachila a annoncé des prévisions de croissance relevées à 4,2 % cette année et à 4,3 % l'an prochain, soutenues par l'amélioration des prix du pétrole, des recettes en devises et le recul de l'inflation. Zeidane a recommandé de mobiliser davantage de recettes non pétrolières et de supprimer progressivement les subventions énergétiques, dont bénéficient surtout les ménages aisés, en orientant les économies vers les populations qui en ont le plus besoin. Il a défendu le principe d'une aide aux personnes plutôt qu'aux produits. Il a aussi jugé appropriée la normalisation des taux décidée par la banque centrale nigériane, tout en soulignant que la politique monétaire restait restrictive.
Sur la redistribution des quotes-parts au FMI, Zeidane a indiqué que les discussions se poursuivaient entre les membres. La directrice générale a affirmé que les pays à faible revenu seraient protégés contre une diminution de leur part, a-t-il rappelé. Compte tenu de sa croissance rapide, l'Éthiopie pourrait bénéficier d'une nouvelle formule. La révision du cadre de viabilité de la dette des pays à faible revenu élargira par ailleurs l'évaluation à la dette intérieure et à des dimensions de long terme comme la croissance et le climat.
Au Cameroun, la mission d'évaluation post-financement a achevé ses travaux. Le pays n'est pas encore au stade d'une demande de programme, a précisé Zeidane, tout en confirmant la poursuite du dialogue avec les autorités.
À propos du lancement de l'Agence africaine de notation de crédit, il a rappelé que le FMI n'intervenait pas dans l'activité des agences de notation. Pour réduire les coûts d'emprunt, il a préconisé des fondamentaux économiques solides, un cadre budgétaire crédible, une transparence complète des finances publiques et de la dette, ainsi qu'un approfondissement des marchés de dette en monnaie locale, notamment grâce aux fonds de pension et au secteur de l'assurance.




