Aller au contenu
MAGHREB

Felipe VI à Ceuta et Melilla sur fond de crise migratoire et de différend de souveraineté

Felipe VI et la reine Letizia à Mauthausen le 11 mai 2025, et non lors du déplacement annoncé à Ceuta et Melilla
Felipe et Letizia, mai 2025 (Rei Momo)

Le roi d'Espagne Felipe VI et la reine Letizia doivent se rendre à Ceuta mardi 13 octobre, puis à Melilla mercredi 14 octobre, selon l'agenda de la Maison royale. Ce déplacement intervient après les arrivées massives de migrants de la fin juillet, alors que Madrid et Rabat expriment de nouveaux désaccords sur la coopération migratoire, sur fond de différend persistant concernant la souveraineté des deux villes.

Il s'agira de la première visite officielle de Felipe VI dans les deux villes depuis son accession au trône en juin 2014. Ceuta et Melilla sont administrées par l'Espagne comme des villes autonomes en Afrique du Nord, mais revendiquées par le Maroc. Cette divergence confère au voyage une portée politique au-delà de son programme local. Madrid le présente comme le déplacement du chef de l'Etat dans deux villes espagnoles.

Un programme institutionnel et un hommage aux victimes

A Ceuta, le programme prévoit des rencontres avec les autorités, le conseil de gouvernement et la société civile, ainsi que la visite d'un établissement scolaire. Le couple royal doit participer au cimetière de Sidi Embarek à une cérémonie en mémoire des personnes mortes en mer les 30 et 31 juillet, avec des représentants des quatre confessions de la ville, indique la Maison royale.

A Melilla, une réception au palais de l'Assemblée et des rencontres avec les autorités et le conseil de gouvernement précéderont une visite scolaire et un échange avec la société locale. Selon l'agence EFE, le roi et la reine passeront la nuit de mardi à Ceuta avant de rejoindre Melilla. Le voyage est coordonné avec le gouvernement, mais le chef de l'exécutif Pedro Sánchez ne les accompagnera pas.

La crise de juillet et les désaccords sur les responsabilités

Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont rejoint Ceuta depuis le Maroc. La crise a fait des morts et fortement sollicité les structures d'accueil et les services publics. Des médias espagnols ont fait état d'environ 80 000 entrées sur les deux jours. Le 12 octobre, El País a rapporté que Sánchez avait évoqué 140 morts liés à la crise.

Le nombre d'entrées ne correspond pas à celui des personnes encore présentes. Devant le Parlement, le 3 septembre, Sánchez avait indiqué qu'environ 63 000 personnes avaient regagné le Maroc en 72 heures. Il avait décrit une deuxième phase centrée sur l'urgence humanitaire et le renforcement des services, avec davantage de capacités d'accueil, un soutien à l'économie locale et une demande d'aide européenne.

Pour expliquer la crise, Sánchez avait notamment mis en cause des informations trompeuses sur un arrêt du Tribunal suprême et leur exploitation par des réseaux de passeurs. Le ministère espagnol des Affaires étrangères a précisé, le 3 août, que cet arrêt encadre la procédure applicable aux arrivées par mer : il n'accorde ni droit au séjour ni accès à l'Espagne continentale et n'interdit pas les retours selon les procédures légales.

Les causes de l'afflux et le rôle des autorités marocaines restent cependant contestés. Dans son intervention du 3 septembre, Sánchez disait ne pas avoir reçu, à cette date, de preuves solides d'une planification ou d'une exécution des événements par le Maroc. Le 10 septembre, la diplomatie marocaine a rejeté les accusations d'implication et dénoncé l'instrumentalisation du royaume dans le débat politique espagnol, selon El País.

Le message de Rabat et les dernières déclarations de Sánchez

Le 9 octobre, à l'ouverture du Parlement, Mohammed VI a estimé que le modèle de coopération avait atteint ses limites et appelé à le faire évoluer. Il a critiqué des obstacles juridiques et judiciaires en matière migratoire et refusé une relation fondée sur la pression, sans mentionner explicitement la visite de Felipe VI.

Lundi, Sánchez a confirmé l'entrée de navires militaires marocains dans les eaux au large de Ceuta pendant la crise de juillet, révélée par El País. Selon Europa Press, il a expliqué que l'incident avait été réglé entre les deux marines et ne s'était pas reproduit, sans établir de lien causal avec les arrivées de migrants. Il a défendu la visite et la coopération avec Rabat.

Le précédent de 2007 et la feuille de route de 2022

Le déplacement rappelle celui de Juan Carlos Ier et de la reine Sofía en novembre 2007, dernière visite d'un couple royal espagnol dans les deux villes. Le Maroc avait alors protesté et rappelé son ambassadeur à Madrid, Omar Azziman, pour consultations, faisant de ce voyage un épisode de tension diplomatique entre les deux pays.

Le rapprochement bilatéral a pris un nouveau cadre en avril 2022, lorsque Sánchez et Mohammed VI ont convenu d'élargir la coopération et de rétablir progressivement la circulation des personnes et des marchandises aux frontières. Dans leur déclaration commune, l'Espagne jugeait le plan marocain d'autonomie du Sahara occidental la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour régler le différend : une position sur une proposition de règlement, et non l'annonce de la fin du conflit.

Articles associés