Madar (Nouakchott) - La route migratoire atlantique vers les îles Canaries connaît une nette accélération depuis le début de novembre 2026 : plus de 3 200 migrants ont atteint l'archipel espagnol au cours des cinq premiers jours du mois, tandis que les interceptions et les sauvetages se poursuivent au large des côtes mauritaniennes et sénégalaises, et que la coordination sécuritaire et maritime entre Nouakchott et Madrid s'intensifie.
Ce qui se passe sur la route
Selon un bilan provisoire des services d'urgence rapporté jeudi soir 5 novembre par l'agence espagnole EFE, plus de 3 200 migrants à bord de 39 embarcations sont arrivés aux Canaries entre le 1er et le 5 novembre, dont 2 300 personnes à bord de 26 embarcations sur la seule île d'El Hierro, parmi lesquelles 307 mineurs. Selon la même source, la plupart des embarcations qui atteignent El Hierro partent actuellement du Sénégal, tandis que la majorité des 435 personnes arrivées à Lanzarote sont parties de la côte située entre Agadir et Tan-Tan, dans le sud du Maroc.
Le rythme ne s'est pas ralenti depuis : 743 migrants sont arrivés jeudi 5 novembre à bord de sept embarcations, puis le service espagnol de sauvetage en mer a escorté à l'aube du vendredi 6 novembre trois cayucos transportant plus de 340 personnes jusqu'au port de La Restinga, à El Hierro, selon l'agence Europa Press.
La traversée reste périlleuse : au moins sept personnes ont perdu la vie à bord d'une embarcation transportant près de 140 personnes, secourue à l'aube du lundi 2 novembre à environ 150 kilomètres de Lanzarote, selon le journal Canarias7 citant des sources du sauvetage en mer.
Ce que disent les chiffres officiels
Le bilan bimensuel du ministère espagnol de l'Intérieur, publié mardi 3 novembre, indique que 13 327 personnes sont arrivées de manière irrégulière aux Canaries entre le 1er janvier et le 31 octobre 2026 à bord de 160 embarcations, contre 14 099 personnes à bord de 231 embarcations sur la même période de 2025, soit une baisse de 5,5 %, selon des médias espagnols citant ce bilan.
Le même bilan montre toutefois que l'archipel a accueilli 4 357 personnes durant la seule seconde quinzaine d'octobre. Le site elDiario.es avait rapporté qu'octobre avait vu le sauvetage de 6 164 personnes, soit 46 % du total des arrivées depuis le début de l'année. Le bilan du ministère au 15 octobre faisait état de 8 970 arrivées aux Canaries depuis le début de l'année, contre 13 491 sur la même période de 2025.
Ces chiffres ont conduit le président du gouvernement des Canaries, Fernando Clavijo, à demander au chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, une réunion de coordination urgente, estimant que les chiffres actuels « rappellent 2024 », année où 47 000 personnes avaient atteint les côtes de l'archipel. Le délégué du gouvernement espagnol aux Canaries, Anselmo Pestana, a reconnu que la hausse des arrivées « met sous tension » certaines ressources d'El Hierro, tout en assurant que le dispositif fonctionne normalement grâce aux transferts vers d'autres îles.
D'où partent les embarcations
Les données disponibles indiquent qu'une grande partie des départs actuels se font depuis les côtes du Sénégal et de la Gambie. Le 3 novembre, le patrouilleur « Walo » de la Marine sénégalaise a secouru 221 candidats à l'émigration, dont 22 mineurs et 12 femmes, qui ont déclaré avoir quitté la localité de Barra, en Gambie, pour rejoindre les côtes espagnoles : 170 Sénégalais, 48 Gambiens, deux Maliens et un Ivoirien, selon le site sénégalais Leral.
Sur les côtes mauritaniennes
Dans les eaux mauritaniennes, la Marine nationale a secouru 166 migrants de différentes nationalités, dont des femmes et des enfants, qui se trouvaient à bord d'une embarcation à destination des Canaries, lors d'une intervention dans le chenal du port de Nouadhibou, a annoncé l'armée mercredi 4 novembre, précisant que l'opération s'inscrit dans la sécurisation de l'espace maritime, la lutte contre les réseaux de trafic et la protection des vies en mer.
Quelques jours plus tôt, samedi 31 octobre, la Marine avait intercepté au large de Nouadhibou une embarcation transportant 134 personnes de plusieurs nationalités, soit 118 hommes, 14 femmes et deux enfants, selon un communiqué de l'armée. Et à l'aube du jeudi 5 novembre, la compagnie de gendarmerie de Nouadhibou a annoncé avoir déjoué une tentative d'émigration irrégulière au départ du port autonome de Nouadhibou, préparée selon elle par un groupe de marins à l'aide d'une embarcation appartenant à un employé de la flotte d'une société.
Sur l'ensemble de l'année, le ministère espagnol de l'Intérieur a indiqué mardi 3 novembre que la Mauritanie avait intercepté depuis le début de 2026 37 embarcations à destination des Canaries, empêchant plus de 4 300 personnes de poursuivre leur traversée, dont une embarcation transportant 204 migrants, parmi lesquels 28 mineurs. Le ministère a précisé que l'Espagne déploie en Mauritanie 40 agents de la Police nationale et de la Garde civile, dotés de deux embarcations, d'un hélicoptère et de 14 véhicules tout-terrain.
Une coopération mauritano-espagnole
Ces chiffres ont coïncidé avec la visite à Nouakchott du ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, le 3 novembre, reçu par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Lors de son entretien avec son homologue mauritanien, Mokhtar Ould Ahmed Bousseif, Fernando Grande-Marlaska a qualifié la Mauritanie de « partenaire et allié stratégique », tandis que le ministre mauritanien a présenté l'approche nationale de lutte contre la migration irrégulière, fondée sur la complémentarité des dimensions sécuritaire, juridique, humanitaire et de développement, selon l'Agence mauritanienne d'information.
Le ministre espagnol a salué l'intégration d'un officier de liaison mauritanien au centre régional de coordination des Canaries et le travail de l'équipe conjointe d'enquête policière déployée à Nouadhibou, demandant que ce modèle soit reproduit à Nouakchott, et a insisté sur le renforcement des retours.
Sur le plan maritime, le patrouilleur espagnol « Centinela » a achevé le 5 novembre une visite de travail de dix jours au port autonome de Nouadhibou, comprenant, selon l'armée nationale, des activités de formation en navigation maritime, systèmes de positionnement, techniques de sécurité et de lutte contre l'incendie et méthodes d'intervention rapide.
Les frontières dans la stratégie 2026-2030
Le même jour, Nouakchott a accueilli une réunion de concertation entre la direction générale de l'administration territoriale du ministère de l'Intérieur et les partenaires techniques et financiers, consacrée au développement de la gestion intégrée des frontières dans le cadre de la stratégie nationale de gestion de la migration 2026-2030. Le directeur général de l'administration territoriale, Zayed El Adhan Ould Vall Oumm, a estimé que l'étendue des frontières terrestres et maritimes du pays, qui dépassent 5 800 kilomètres, rend « urgent » le renforcement des moyens de contrôle et de la coordination avec les pays voisins.
La réunion, dont l'organisation a bénéficié du soutien de l'Union européenne, a porté sur cinq axes, dont la modernisation de 82 points de passage frontaliers, l'amélioration de la gestion de l'espace maritime et une plus grande implication des populations locales dans la gestion des zones frontalières.




