Madar (Nouakchott) - Les séances du dialogue national n'ont pas encore commencé, mais la formation de son comité de supervision a ouvert en 48 heures une première brèche publique au sein de la majorité présidentielle : un parti gèle son adhésion à la coalition, un autre rejette la composition du comité, et un dirigeant affirme avoir découvert les noms des représentants par un message WhatsApp.
Que s'est-il passé ?
Le vendredi 16 octobre 2026, la coalition des partis de la majorité a annoncé ses représentants au comité de supervision du dialogue, désignant le président d'El Insaf, Mohamed Ould Bilal, vice-président du comité aux côtés de sept autres membres. La coalition dit s'être fondée sur le poids électoral des partis, avec le nombre de députés à l'Assemblée nationale comme base et le nombre de conseillers municipaux pour départager, afin de garantir « la clarté des bases de représentation et l'égalité des chances ».
Les parties s'étaient entendues le 3 septembre sur un comité de supervision de 20 membres : 7 pour la majorité, 7 pour l'opposition et 6 pour la société civile, comme le rappelle le dossier de Madar sur un quart de siècle de dialogues.
Le FCJ gèle son adhésion
Le même jour, le Front pour la citoyenneté et la justice (FCJ, « Jemaa ») a gelé son adhésion à la coalition, en protestation contre ce qu'il a qualifié de décision unilatérale d'El Insaf. Dans un communiqué, il estime que la désignation de huit représentants, dont Mohamed Ould Bilal, Mohamed Yahya Ould Horma et Vala Mint Mini, ne repose ni sur la concertation ni sur le consensus et ne reflète pas les différentes composantes de la majorité.
Sur la chaîne Sahara 24, son président, Mohamed Jemil Ould Mansour, a détaillé le différend : deux réunions de la majorité sans accord sur les noms, des tentatives de joindre le président d'El Insaf restées sans réponse, puis un message WhatsApp annonçant la liste vendredi matin. Il affirme que le critère de la représentation parlementaire n'avait pas été évoqué et qu'il pénalise les partis créés après les élections.
Unité et Développement : « la majorité n'est le monopole de personne »
Samedi 17 octobre, le parti Unité et Développement a rejeté la formation du comité sans concertation ni critères équitables, affirmant que la majorité est « un espace de partenariat et non le monopole d'une seule partie », et que le seul critère parlementaire ignore les partis agréés qui la composent, malgré leur soutien au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani lors de ses deux mandats. Il demande une révision de la composition du comité selon des critères clairs et participatifs.
Quelles conséquences pour le dialogue ?
Les objections des deux partis convergent sur deux points : le critère de sélection et l'absence de concertation au sein de la majorité. La coalition, elle, maintient que le critère électoral garantit la clarté. Madar n'avait relevé samedi soir aucune réponse publique d'El Insaf ni du coordinateur du dialogue, Moussa Fall, aux demandes de révision.
Le différend survient alors qu'aucune date n'est encore fixée pour l'ouverture du dialogue, 19 mois après la désignation de Moussa Fall pour le coordonner, et que le député Biram Dah Abeid, le parti AJD/MR et la coalition des « Forces du salut » le boycottent. Le président Ghazouani avait affirmé le 20 septembre à Atar que le dialogue « ne vise pas à toucher aux fondements de l'État ».




