Aller au contenu
MAURITANIE

Le troisième mandat domine la rentrée politique, le dialogue attend

Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani assis dans un salon officiel du palais présidentiel avec une délégation de personnalités politiques
Ghazouani reçoit le document du dialogue, juillet 2026 (archive)

Madar (Nouakchott) - Le débat sur un troisième mandat a dominé le week-end de rentrée de plusieurs partis politiques, entre une opposition qui affiche son refus, une ministre qui défend publiquement le maintien du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et des partis de la majorité qui réaffirment leur attachement à un dialogue « inclusif », quelques jours après la querelle publique sur la composition du comité de supervision du dialogue.

L'opposition : des « non » et le refus de toucher à la Constitution

Le Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassoul) a lancé sa rentrée politique le samedi 17 octobre 2026 autour de ce que son président, Hamadi Ould Sidi El Moctar, a appelé « les trois non » : non à un troisième mandat, non aux restrictions des libertés et non à la corruption, selon des médias locaux ayant rapporté son discours au siège du parti à Nouakchott.

Ould Sidi El Moctar a estimé qu'un troisième mandat constituerait « une menace pour l'unité et la cohésion nationales » et un recul sur l'alternance pacifique, et que les déclarations de responsables sur le sujet sont « une violation flagrante de la Constitution ». Il a aussi appelé le gouvernement à suspendre les projets non prioritaires et à renforcer le contrôle des marchés face à la vie chère.

Le même jour, le président de la coalition d'opposition « Forces du sauvetage », le député Mohamed Lemine Sidi Maouloud, a averti que toucher à la limitation des mandats « ouvre la porte aux coups d’État et au chaos », rappelant le consensus de 2006 et 2007 sur l’alternance pacifique.

Dimanche, le député Biram Dah Abeid, dans un message audio obtenu par Madar, a salué la position « héroïque » de Tawassoul et appelé partis, étudiants et société civile à suivre son exemple dans le rejet des « mandats, des atteintes aux libertés et des violations de la Constitution », accusant les partis de la majorité d'entraîner le pays vers des crises.

La majorité : une « nécessité nationale » par la voie constitutionnelle

À l'inverse, la ministre du Commerce et du Tourisme, Zeinab Mint Ahmednah, a écrit dimanche soir sur Facebook que le président Ghazouani reste « le choix le plus capable » de diriger le pays, faute selon elle d'alternatives aux visions plus convaincantes, qualifiant son maintien pour un troisième mandat de « nécessité nationale », à condition qu'il passe « par le respect de la Constitution et des institutions, une volonté populaire libre et une voie juridique claire ».

Cette prise de position est l'une des plus nettes d'un membre du gouvernement sur la question, après que le président Ghazouani a déclaré en juillet que parler d'un troisième mandat était « prématuré » et visait à « perturber le travail en cours ».

La majorité et le dialogue : appels à l’inclusion

Sur le front du dialogue, l'Union et le changement mauritanien (Hatem) a souligné, après une réunion de son bureau politique présidée par Saleh Hanena, la nécessité d'associer toutes les composantes de la majorité à la préparation et à l'organisation du dialogue national, réaffirmant son engagement à sa réussite comme occasion de « corriger les dysfonctionnements », selon Sahara Medias.

Le parti Nama a appelé, dans une déclaration publiée lundi 19 octobre après une réunion de son comité permanent, à lever les obstacles qui « ont fait avorter des tentatives précédentes » de dialogue, à associer toutes les formations à ses différentes étapes et à fixer des mécanismes clairs de mise en œuvre de ses conclusions, tout en préservant le climat d'apaisement.

Ces positions interviennent après la désignation, le vendredi 16 octobre, des huit représentants de la majorité au comité de supervision, dont le président de l'INSAF, Mohamed Ould Bilal, comme vice-président du comité. Le Front pour la citoyenneté et la justice (FCJ) a gelé son adhésion à la coalition et le parti Unité et développement a rejeté cette composition.

Et après ?

Les acteurs politiques s'étaient entendus le 3 septembre sur un comité de supervision de 20 membres — 7 pour la majorité, 7 pour l'opposition et 6 pour la société civile — présidé par Moussa Fall, chargé de cette mission par le président Ghazouani en août. Les séances du dialogue n'ont pas encore commencé.

Ce contexte place le troisième mandat au cœur des débats qui précèdent le dialogue, dans un pays où les dialogues politiques se succèdent depuis un quart de siècle, entre ceux qui considèrent la limitation des mandats comme une ligne rouge et ceux qui estiment que le maintien du président actuel peut passer par les institutions.

Articles associés