Le député Biram Dah Abeid a jugé injustifiable l'arrestation du journaliste Hanafi Ould Dahah à la suite d'une publication sur Facebook. Il estime qu'elle s'inscrit dans une longue série d'arrestations de journalistes, de blogueurs et de militants, et témoigne du recul continu des libertés publiques en Mauritanie.
Dans une lettre dont Madar a reçu copie, Biram affirme que le pouvoir confond désormais critique et insulte, expression d'une opinion et infraction. Selon lui, la démocratie ne peut se construire dans la peur ni s'épanouir lorsque les citoyens, les journalistes et les blogueurs doivent peser chaque mot avant de le prononcer ou de l'écrire, par crainte de représailles.
Il souligne que les libertés d'opinion, d'expression et de la presse ne sont pas une faveur que le pouvoir peut accorder ou retirer à sa guise, mais des droits fondamentaux que l'État a la responsabilité de protéger.
Biram décrit le président actuel comme celui qui, dans l'histoire politique mauritanienne, a été le plus exposé aux critiques, aux moqueries et aux campagnes de dénigrement, tant par leur fréquence que par leur virulence.
Il estime que ce phénomène ne doit être ni ignoré ni minimisé. Il devrait, selon lui, conduire le chef de l'État à s'interroger sérieusement sur les causes profondes de ce rejet croissant et sur les dysfonctionnements dans les rapports entre le pouvoir et les citoyens que révèle cette hostilité persistante.
Au lieu d'amener les autorités à revoir leurs choix et leurs politiques, poursuit-il, ces critiques sont suivies, depuis l'arrivée au pouvoir de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, d'arrestations et de poursuites visant des blogueurs, des journalistes et des militants en raison de leurs publications ou de leurs positions.
Biram lie les critiques visant le président à la loi sur les symboles. Il considère que celle-ci a contribué à installer ce climat de restriction des libertés et à accentuer les tensions entre les militants et le pouvoir.
Il explique que la pénalisation des propos jugés offensants envers le président ou les symboles nationaux nourrit la peur et l'autocensure. Elle renforce, selon lui, le sentiment de nombreux citoyens d'être muselés dès qu'ils osent critiquer l'action des autorités ou demander des comptes sur leurs politiques.
Le député juge ces restrictions d'autant plus arbitraires que les politiques gouvernementales font l'objet de larges critiques et que leurs résultats ne répondent pas aux attentes des Mauritaniens.
Lorsque les engagements ne sont pas tenus, que les réalisations restent insuffisantes et que les conditions de vie ne s'améliorent pas, il est naturel, selon lui, que les citoyens expriment leur colère, que les journalistes interrogent les choix du gouvernement et que les blogueurs relaient les frustrations de la population.
Le mécontentement populaire n'est pas un crime et la souffrance d'un peuple ne constitue pas une menace pour l'État, ajoute-t-il. Emprisonner ceux qui la révèlent ou l'expriment ne peut la faire taire et ne fait, à ses yeux, que l'exacerber.
Il estime qu'un gouvernement responsable répond aux critiques en apportant des explications et en corrigeant les politiques qui ont échoué, non par la répression.
Biram affirme avoir condamné à plusieurs reprises les poursuites et les arrestations depuis le lancement de la campagne médiatique et sécuritaire visant certains blogueurs établis à l'étranger, accompagnée, selon lui, d'arrestations de leurs proches. Il demande que les circonstances de l'arrestation de toutes les personnes concernées soient éclaircies et que leurs droits soient garantis.
Il dit avoir lui-même subi, tout au long de son parcours politique, des insultes, des critiques virulentes, des accusations, des mensonges et des campagnes de diffamation visant non seulement sa vie publique, mais aussi sa vie privée.
Malgré cela, poursuit-il, il n'a jamais envisagé de poursuivre systématiquement leurs auteurs en justice. La vie politique comporte par nature des excès et des affrontements verbaux qu'il juge indissociables de la liberté d'expression.
Si un responsable politique ordinaire peut les supporter, le chef de l'État doit, selon lui, être encore davantage disposé à le faire.
Biram accuse par ailleurs le régime de mobiliser parfois ses relais sécuritaires, politiques et médiatiques pour mener des campagnes de dénigrement et de diabolisation contre ses opposants, lui-même en premier lieu. Il estime que ces campagnes reposent sur le mensonge, la désinformation et la manipulation de l'opinion publique.
Il affirme n'avoir jamais cherché à y répondre par les mêmes méthodes ni à poursuivre leurs promoteurs devant les tribunaux. Malgré leur caractère diffamatoire et mensonger à ses yeux, ces pratiques relèvent, dit-il, de la lutte politique et de la compétition pour convaincre l'opinion. Elles ne doivent pas servir de prétexte pour museler les critiques ou les emprisonner.
S'adressant au président, Biram estime que sa fonction exige de l'ouverture d'esprit, de la tolérance, de la maîtrise de soi et la capacité de supporter les critiques, même lorsqu'elles sont injustes, excessives ou blessantes.
Le chef de l'État représente la plus haute autorité du pays et non une partie dans une polémique, poursuit-il. Il ne devrait donc pas se placer sur le terrain de ses adversaires ni donner l'impression que la moindre formule déplacée à son égard puisse l'ébranler ou conduire son auteur en prison.
La dignité de la fonction présidentielle mérite d'être protégée, affirme le député. Cette protection ne doit toutefois ni la soustraire à la critique ni autoriser une quelconque autorité à pénaliser toute expression qui lui déplaît.
Les actes susceptibles de constituer des infractions doivent être appréciés au regard de la loi et des garanties judiciaires qu'elle assure aux suspects et aux accusés, ajoute-t-il, plutôt que par l'intimidation, le défoulement de la colère ou l'humiliation avant l'enquête et le jugement.
Il estime qu'une telle attitude serait celle d'un chef de l'État conscient de la dignité de sa fonction et confiant dans les institutions qu'il incarne.
Biram souligne que l'autorité de l'État ne se renforce pas en réduisant ses critiques au silence. Elle s'affaiblit, selon lui, lorsque les citoyens acquièrent la conviction qu'elle ne tolère plus les divergences et refuse de rendre des comptes.
Il conclut que la Mauritanie a besoin d'un pouvoir ouvert au débat, qui protège les journalistes et respecte les libertés publiques. Un climat dans lequel une simple publication satirique sur Facebook peut mener son auteur en prison n'est, dit-il, ni nécessaire au pays ni digne de lui.
Le président ne devrait pas craindre la voix de son peuple, affirme enfin Biram. L'écouter, même lorsqu'elle choque ou fait mal, rehausse au contraire sa stature. Se tenir au-dessus des querelles signifie, selon lui, accepter la critique sans perdre sa dignité, et non imposer le silence aux autres au nom de la protection des symboles.




