Madar (Nouakchott) - Le Premier ministre Mokhtar Ould Djay a présenté ce samedi 7 novembre 2026 au matin la déclaration de politique générale de son gouvernement devant l'Assemblée nationale, annonçant que la prochaine étape aurait pour fil conducteur "l'amélioration du pouvoir d'achat des citoyens, la création d'une dynamique économique et de développement dans les wilayas de l'intérieur, et le passage d'une planification à court et moyen terme à une vision stratégique de développement à long terme".
Mokhtar Ould Djay a présenté ce programme en application de l'article 42 de la Constitution, en engageant la responsabilité du gouvernement, avant que les députés ne le débattent et ne le votent lundi 9 novembre, lors d'une séance pour laquelle la Conférence des présidents a fixé un débat de 7 heures et 20 minutes. Une partie des mesures sera appliquée "immédiatement" après l'obtention de la confiance, a-t-il dit, le reste devant faire l'objet d'un programme détaillé lors de son retour devant le Parlement fin janvier.
Des engagements face à la vie chère
Selon le Premier ministre, l'indice des prix a enregistré une hausse cumulée d'environ 7,3 % entre fin février, début de la guerre, et fin septembre 2026. Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a demandé au gouvernement de prendre les mesures nécessaires en partant de l'hypothèse d'une crise durant jusqu'à la mi-2027, et de préparer des plans au cas où elle se prolongerait au-delà.
Sur les prix, le gouvernement s'est engagé à réviser le mécanisme actuel de fixation des prix des carburants liquides et gazeux afin de limiter la répercussion des fluctuations internationales sur les consommateurs, et à maintenir le plafonnement des prix du blé, du riz, du sucre et de l'huile, avec une "répression sévère" de tout monopole ou spéculation, en y ajoutant la viande.
Pour soutenir le pouvoir d'achat, Mokhtar Ould Djay a annoncé une compensation de l'effet de l'inflation pour les fonctionnaires et les retraités civils et militaires, en particulier ceux aux salaires et pensions modestes, par des hausses de salaires et de pensions ou par une aide financière temporaire. Les partenaires sociaux seront invités à des négociations urgentes pour relever les salaires des travailleurs relevant de la convention collective, en fonction de l'inflation enregistrée depuis le début de la guerre.
Les mesures annoncées prévoient aussi une prise en charge temporaire par l'État d'une part importante des factures d'eau et d'électricité des ménages à faible revenu, l'élargissement de l'aide aux personnes handicapées et aux malades chroniques, une coordination avec la Banque centrale de Mauritanie pour contenir l'inflation, ainsi que la stabilisation des prix de l'aliment de bétail, vendu au prix coûtant si nécessaire, et un vaste programme de forages pastoraux, alors que certaines zones ont connu un déficit pluviométrique pendant l'hivernage.
Ces annonces interviennent alors que les données de l'Agence nationale de la statistique et de l'analyse démographique et économique (ANSADE) ont fait état d'une inflation annuelle de 9,3 % en septembre 2026, avec une hausse de 12,5 % des produits alimentaires en un an.
Développer l'intérieur et les villes
Au titre du deuxième objectif, le Premier ministre a annoncé un programme économique spécifique pour dynamiser les secteurs prioritaires de chaque wilaya, notamment l'agriculture, l'élevage et les services urbains. Il a évoqué un mécanisme de partage des risques pour lever l'obstacle des garanties bancaires qui empêche les éleveurs d'accéder au financement, ainsi qu'un programme de souveraineté alimentaire prévoyant l'aménagement de tous les grands barrages et l'organisation de leur exploitation.
Il s'est engagé à doubler les financements destinés aux initiatives des jeunes dans les wilayas de l'intérieur, à accorder des incitations financières et fiscales à l'investissement dans ces régions et à créer un fonds spécial pour le financement du développement de l'intérieur.
Pour les villes, le discours prévoit une révision "radicale" de la collecte et du traitement des déchets, au-delà des campagnes ponctuelles, avec des responsabilités clairement définies et des sanctions actualisées, des plans d'urbanisme pour les chefs-lieux de wilayas et de moughataas qui n'en disposent pas, et deux programmes d'aménagement urbain à Nouakchott et Nouadhibou, avec une attention particulière à l'assainissement et au bitumage des grandes artères.
Une vision 2060 et une réforme de l'administration
Au titre du troisième objectif, Mokhtar Ould Djay a indiqué que le gouvernement lancerait "sans délai" l'élaboration d'une vision nationale de la Mauritanie à l'horizon 2060, cent ans après l'indépendance, traduite en un plan national de développement assorti d'indicateurs mesurables. Les acteurs économiques et sociaux, les jeunes et les experts y seront associés "indépendamment de leurs appartenances ou opinions politiques et intellectuelles", avec l'appui d'une expertise internationale. Le gouvernement accompagnera aussi le dialogue national annoncé et la mise en œuvre de ses conclusions.
"Combien notre pays a-t-il perdu de temps, de moyens et d'accumulation d'expérience et de savoir à chaque changement de régime, et même de gouvernement et d'équipe administrative ?", s'est-il interrogé.
Pour l'administration, il a annoncé un nouveau décret séparant les postes administratifs, auxquels on accédera selon des critères d'ancienneté, d'expérience, de spécialisation, de compétence et de performance, des postes à caractère politique dont le gouvernement conserve la nomination, ainsi qu'un programme de formation continue des agents publics auquel sera associée l'École nationale d'administration.
Un bilan dont le discours reconnaît les limites
Revenant sur le bilan du gouvernement précédent, le Premier ministre a affirmé que la croissance moyenne avait dépassé 4 % sur la période 2019-2026, que la dette publique extérieure était tombée sous les 40 % du PIB en 2026, que plus de 350 000 ménages avaient bénéficié pour la première fois de transferts monétaires et que les crédits consacrés au soutien des prix des carburants et de l'électricité avaient dépassé 80 milliards d'anciennes ouguiyas pour la seule année 2026.
Le nombre d'assurés est passé, selon lui, de 496 000 en 2019 à plus de 1,4 million en 2026. Depuis 2019, environ 7 600 salles de classe et 1 340 puits ont été réalisés, ainsi que 784 kilomètres de routes nouvelles et 997 kilomètres reconstruits, tandis que les travaux se poursuivent sur 1 431 kilomètres. Les travaux du port en eau profonde de Nouadhibou débuteront en janvier prochain, a-t-il ajouté.
Mokhtar Ould Djay a reconnu que les efforts pour améliorer la continuité du service électrique "n'ont pas empêché l'incendie des deux postes", s'engageant à en traiter les conséquences et à corriger les dysfonctionnements structurels de la Société mauritanienne d'électricité (SOMELEC), en tenant compte des recommandations de la commission d'enquête indépendante. Le travail accompli "reste une œuvre humaine qui n'est pas exempte d'insuffisances et de manquements, et peut parfois être entachée d'erreurs ou de mauvaises appréciations", a-t-il dit.
Le nouveau gouvernement poursuivra le plan d'action 2026, qui compte 228 activités et avait été présenté au Parlement en janvier, a-t-il assuré.
Avant le vote
Les députés voteront lundi après un débat où chacun disposera de deux minutes et demie, selon une décision de la Conférence des présidents critiquée par des députés de l'opposition, d'après l'agence Al-Akhbar. Le député du parti Tawassoul Ahmed Ould Mballa a estimé, selon le site Shems Maarif, que cette réduction entrave l'exercice du contrôle parlementaire.
De son côté, le président du parti El Insaf, Mohamed Ould Bilal Messoud, a appelé vendredi soir les députés de son parti à la discipline, à l'unité des rangs et à la présence de tous les membres du groupe parlementaire lors du vote.




