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MAURITANIE

Le dialogue, un quart de siècle de course-poursuite pour la classe politique mauritanienne

Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani reçoit au palais le coordinateur du dialogue Moussa Fall et les chefs des pôles politiques, 24 juillet 2026
Ghazouani reçoit le document du dialogue (archives)

Madar (Nouakchott) - Dix-neuf mois après la nomination par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de l'ancien ministre Moussa Fall comme coordinateur du dialogue national inclusif, aucune date de lancement n'avait été annoncée samedi 17 octobre 2026. Vendredi, la majorité a désigné ses représentants au comité de supervision du dialogue, et le Front pour la citoyenneté et la justice (FCJ, Jemaa) a gelé son appartenance à la coalition.

Ce dialogue serait le huitième du genre en un quart de siècle. Depuis 2005, la Mauritanie a connu sept grands rendez-vous de dialogue et de concertation politique, chacun associé à un président, aux issues contrastées : référendums et révisions constitutionnelles, accords électoraux ou suspension sans lendemain.

Le dialogue actuel : dix-neuf mois de préparation

En mars 2025, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a annoncé un dialogue politique et confié sa coordination à Moussa Fall, le présentant comme le « prolongement » de la concertation de 2022. En octobre 2025, Moussa Fall a indiqué que la phase préliminaire avait associé 20 partis reconnus, 50 partis en cours d'agrément, 240 personnalités indépendantes et quelque 1 500 citoyens, seuls le parti AJD/MR et le député Biram Dah Abeid l'ayant boycottée.

Le 6 janvier 2026, recevant des figures de l'opposition, le président a déclaré qu'il « quittera le pouvoir demain ou après-demain » et que le dialogue porte sur des dossiers touchant à l'avenir du pays, selon le quotidien Asharq Al-Awsat. Le processus s'est toutefois enlisé le 30 mars 2026, lorsque le coordinateur a suspendu la réunion après un désaccord sur une clause « durées et mandats » proposée par la majorité, dont l'opposition réclamait le retrait.

Le blocage a duré jusqu'au 14 juillet 2026, date de la signature du document de référence, une fois la clause retirée. Il a été signé pour la majorité par le président du parti El Insaf, Mohamed Ould Bilal Messoud, pour l'institution de l'opposition par Hamadi Ould Sidi Mokhtar, pour la Coalition de l'opposition démocratique par Mohamed Ould Maouloud et pour le Rassemblement des forces démocratiques par Ibrahim Ould Ebeihi. Le président a reçu le document le 24 juillet, puis a chargé Moussa Fall, le 25 août, de présider le comité de supervision.

Le 3 septembre, les parties se sont accordées sur un comité de 20 membres : 7 pour la majorité, 7 pour l'opposition et 6 pour la société civile et les indépendants, les noms devant être remis avant le 30 septembre. La majorité a reporté le choix de ses représentants le jour même, puis s'est accordé un « délai supplémentaire » le 2 octobre.

Le 14 octobre, le porte-parole du gouvernement par intérim, Mohamed Maa El Ainine Ould Ayeh, a estimé que le passage aux étapes pratiques « exige désormais des partis et des forces politiques qu'ils achèvent les arrangements nécessaires ». Deux jours plus tard, la coordination de la majorité a annoncé ses représentants, avec Ould Bilal comme vice-président du comité, en retenant le nombre de députés puis de conseillers municipaux. Le FCJ a rejeté cette liste, et son président, Mohamed Jemil Ould Mansour, a dit sur Sahara 24 avoir découvert les noms dans un groupe WhatsApp.

En dehors du processus, Biram Dah Abeid boycotte le dialogue et a appelé en septembre l'opposition à s'en retirer, craignant qu'il ne devienne une « façade », tout comme l'AJD/MR et l'Alliance des forces du salut, qui a annoncé son boycott en juillet en invoquant le « peu de temps restant » au mandat. Le président a affirmé à Atar, le 20 septembre, que le dialogue ne vise pas à « toucher aux fondements de l'État » et doit se tenir « sans tabous ni diktats ».

Un quart de siècle de dialogues

Sous Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, l'Union des forces de progrès (UFP) a appelé en juillet 2002 à un dialogue national entre le gouvernement et l'opposition, et son président, Mohamed Ould Maouloud, a rencontré le chef de l'État, les autres partis d'opposition restant réservés, selon les archives d'Al Jazeera. Ce régime a pris fin avec le coup d'État du 3 août 2005. En octobre de la même année, le conseil militaire d'Ely Ould Mohamed Vall a organisé les « journées nationales de concertation », qui ont débouché sur le référendum de juin 2006 : approuvé à près de 97 %, il a limité le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une fois.

En novembre 2007, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a tenu des journées de concertation sur le passif humanitaire et le retour des réfugiés, suivies du retour de milliers de réfugiés du Sénégal, avant d'être renversé le 6 août 2008. L'accord de Dakar, signé début juin 2009 sous la médiation du président sénégalais Abdoulaye Wade, a clos la crise par un gouvernement d'union nationale et la présidentielle du 18 juillet 2009.

Sous Mohamed Ould Abdel Aziz, le dialogue de septembre-octobre 2011 a réuni la majorité et quatre partis de la Coordination de l'opposition démocratique, le reste de la Coordination le boycottant. Il a débouché début 2012 sur des révisions constitutionnelles criminalisant les coups d'État et créant une commission électorale indépendante. Les tentatives de dialogue avec le Forum de l'opposition ont ensuite échoué avant la présidentielle de 2014, qu'il a boycottée, et une rencontre préliminaire a encore échoué en avril 2018.

Du 29 septembre au 21 octobre 2016 s'est tenu un nouveau « dialogue national inclusif », boycotté par le Forum et le RFD. Il a recommandé la suppression du Sénat et le changement du drapeau et de l'hymne, tout en excluant de toucher aux mandats. Le Sénat a rejeté la révision le 17 mars 2017 par 33 voix contre 20, avant son adoption par référendum le 5 août 2017, toujours contestée politiquement.

Sous Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la concertation nationale supervisée par Yahya Ould Ahmed Waghef a été suspendue le 2 juin 2022, à la veille de ses ateliers, et n'a jamais repris. Un accord signé par 24 des 25 partis avec le ministère de l'Intérieur le 26 septembre 2022 a en revanche ouvert la voie aux élections du 13 mai 2023.

Ce que disent les chiffres

Sept grands rendez-vous depuis 2005, séparés par quatre ans, puis deux, cinq, six et trois ans. Certains ont abouti à des référendums et des révisions, d'autres à des accords électoraux, un autre s'est arrêté net. Trois constantes reviennent : le boycott d'une partie de l'opposition, la question des mandats, du référendum de 2006 à la clause « durées et mandats » de 2026, et l'écart entre l'annonce d'un dialogue et son ouverture effective.

Après seize mois de préparation selon son coordinateur et six reports et blocages documentés, le dialogue actuel reste suspendu à la formation de son comité de supervision et à une décision présidentielle sur sa date d'ouverture.

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