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Sahel

Crise des expulsés de l'or de Siguiri : des dizaines de milliers via le Mali, convois vers le Burkina, Conakry maintient sa décision

Vue aérienne d'un site d'orpaillage avec des fosses, des mares boueuses et des tas de terre
Site d'orpaillage, image d'illustration (archives)

Madar (Bamako) - Depuis près d'une semaine, une crise humanitaire et régionale s'étend après la décision des autorités guinéennes d'interdire l'exploitation anarchique de l'or dans la région de Siguiri, dans le nord-est du pays : des milliers d'orpailleurs étrangers, notamment burkinabè et maliens, ont quitté les sites vers la frontière malienne, où la Primature du Mali a annoncé plus de 40 000 personnes recensées à Kourémalé, qualifiant la situation de "véritable catastrophe humanitaire". Ce samedi 7 novembre 2026, Bamako et Ouagadougou poursuivent l'acheminement des convois de retour, et Conakry maintient sa décision.

La décision de Conakry : interdiction totale et déploiement permanent

Le gouvernement guinéen avait annoncé, dans un communiqué conjoint signé par cinq ministres et lu à la télévision nationale le 2 novembre, l'interdiction totale de l'exploitation anarchique de l'or dans la région administrative de Siguiri, après des "missions d'inspection et d'évaluation" ayant établi, selon lui, "une dégradation alarmante de l'environnement", d'après BBC Afrique.

Le texte énumère les formes de cette dégradation : destruction des sols, des terres agricoles et du couvert végétal par des engins lourds, pollution et ensablement du Niger, du Tinkisso et de leurs affluents, une zone humide d'importance internationale classée site Ramsar, ainsi que l'usage d'explosifs, de mercure et de cyanure.

Le communiqué prévoit "un déploiement permanent" des forces de défense et de sécurité dans la région, associant l'armée, la gendarmerie, la police, les douanes et le corps des conservateurs de la nature, des contrôles sur les axes routiers et fluviaux pour empêcher l'acheminement d'engins lourds, de dragues, d'explosifs et de produits chimiques, ainsi que la vérification de l'identité et de la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites. "Les étrangers en situation irrégulière feront l'objet de procédures prévues par la loi", précise-t-il.

Le lendemain, le président Mamadi Doumbouya a signé un décret radiant définitivement de la fonction publique et des forces de défense et de sécurité 22 administrateurs territoriaux civils et militaires en poste dans la région de Siguiri, accusés d'avoir favorisé l'orpaillage clandestin, selon le texte lu à la télévision nationale par le porte-parole de la présidence, le général Amara Camara. 479 présidents de quartiers et de districts de la région ont également été limogés. Ce samedi, le site Africaguinee a indiqué que les 22 anciens responsables avaient été placés sous mandat de dépôt, notamment pour corruption d'agents publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, complicité de dégradation de l'environnement et pollution des eaux.

Conakry : la solidarité ne justifie pas la destruction des ressources

Le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a défendu la position de son pays devant les diplomates accrédités à Conakry le jeudi 5 novembre, dénonçant les effets de l'orpaillage clandestin, du déversement de cyanure à la déforestation, en passant par la pollution des cours d'eau et la mort d'animaux, selon le site Guineenews.

Le ministre a cité les nationalités des personnes interpellées dans le cadre de cette activité, notamment des Maliens, Burkinabè, Ivoiriens, Togolais, Ghanéens, Nigérians, Béninois, Vietnamiens, Indiens, Sierra-Léonais et Camerounais, plusieurs d'entre elles étant poursuivies pour exploitation minière illégale, dégradation de l'environnement, exercice d'activités professionnelles sans autorisation et traite des êtres humains.

Selon Morissanda Kouyaté, les autorités ont, sur instruction du chef de l'État, remis des personnes interpellées aux représentants consulaires et diplomatiques de leurs pays, dont des Maliens en juillet 2026. Face à la reprise de l'orpaillage clandestin quelques mois après ces opérations, il a toutefois prévenu que la solidarité africaine ne saurait justifier la destruction des ressources naturelles guinéennes, appelant les pays partenaires à sensibiliser leurs ressortissants au respect des lois, et les diplomates à privilégier "les faits constatés sur le terrain" plutôt que les informations des réseaux sociaux.

Ouagadougou : protestation puis appel au calme

De son côté, le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, a jugé l'opération "fort déplorable et regrettable", affirmant à la BBC qu'"en aucun cas, ni les autorités maliennes, ni les autorités burkinabè n'ont été informées à l'avance". Il a fait état de blessés, "même parfois des blessés par balles", ce qui "laisse croire que nos compatriotes ont subi des traitements cruels, inhumains et dégradants".

Quelques jours plus tard, la ministre de la Famille et de la Solidarité, Passowendé Pélagie Kabré, a appelé au calme et rejeté les appels aux représailles contre la communauté guinéenne, estimant le nombre de retours à environ 50 000 en attendant les chiffres de l'enrôlement biométrique, dans un entretien diffusé par la télévision nationale burkinabè.

Le Mali, couloir et première étape du retour

Dès le mardi 3 novembre, le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) du Mali a signalé un "important afflux" de ressortissants de diverses nationalités à la frontière avec la Guinée, en direction de Bamako, et le gouvernement malien a déployé un dispositif d'accueil et de retour, avant que plus de 8 000 personnes ne soient recensées à Kourémalé au 2 novembre, selon le maire.

Le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, a reçu le mercredi 4 novembre une délégation burkinabè conduite par le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, et la ministre de la Solidarité. Il a insisté sur "la logique confédérale qui fait des citoyens burkinabè des citoyens maliens au nom de l'AES", appelant l'AES à se mobiliser pour trouver des "solutions endogènes" et affirmant que "la solidarité humaine ne connaît pas de frontières", selon un communiqué de la Primature.

Après une réunion du Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes le jeudi 5 novembre, le Premier ministre a visité les sites de Mamarybougou et Ouenzenbougou, près de Bamako. Une réunion a ensuite recommandé de prendre langue avec les autorités guinéennes "pour comprendre ce qui s'est passé" et de regrouper les personnes refoulées sur un seul site.

Ce samedi, le Premier ministre a de nouveau réuni en urgence le comité de crise, selon Malijet, qui rapporte qu'un premier convoi de 47 bus a atteint le Burkina Faso, qu'une cinquantaine de camions attendent de prendre la route et qu'une centaine de camions ont été affrétés ce samedi, s'ajoutant aux 74 camions et 21 bus déjà mobilisés pour quelque 15 000 personnes attendues.

Selon la même source, le chef du gouvernement a ordonné d'installer les refoulés directement à la frontière, à Kourémalé, pour éviter de saturer la capitale, et d'identifier précisément les ressortissants maliens parmi eux. Le CECOGEC publiera un bulletin quotidien et une visite de terrain est prévue dimanche.

La Commission nationale des droits de l'Homme (CNDH) du Mali s'était dite préoccupée, dans un communiqué du 4 novembre, par l'arrivée de nombreux migrants depuis le 3 novembre. Elle a rappelé à l'État ses obligations d'assistance humanitaire, attiré l'attention sur la vulnérabilité des enfants et des jeunes, demandant une surveillance renforcée pour éviter qu'ils soient recrutés ou exploités, tout en saluant les mesures du gouvernement, selon Malijet.

De Bamako à Bobo-Dioulasso

Au Burkina Faso, le gouvernement a annoncé ce samedi que le premier convoi de retour, 48 cars transportant 3 400 personnes, est arrivé du Mali le vendredi 6 novembre vers 21 heures au stade omnisport de Bobo-Dioulasso, où il a été accueilli par une délégation gouvernementale mandatée par le président Ibrahim Traoré, comprenant la ministre de la Famille et de la Solidarité et les ministres de l'Enseignement supérieur, des Sports et de la Jeunesse, de l'Enseignement secondaire et de l'Enseignement de base.

L'accueil comprend un contrôle sécuritaire, puis un contrôle sanitaire pour prendre en charge les malades et les blessés, et enfin une prise en charge psychosociale, selon le gouvernement. "Les mineurs seront retenus mais les jeunes adultes vont être enregistrés et chacun pourra rejoindre sa famille", a précisé la ministre de la Solidarité. Le gouvernement propose le retour des mineurs à l'école, la formation professionnelle pour ceux qui le souhaitent et l'accès à l'université pour les bacheliers.

Les autorités de la région du Kadiogo avaient recensé 3 533 retours au 5 novembre et mis en place un dispositif d'accueil, tandis que le Conseil des ministres burkinabè adoptait le même jour la création d'une société d'État, "Faso SANU", pour encadrer l'exploitation des sites d'orpaillage illégaux.

L'AES en première ligne

La crise s'est aussi invitée dans le communiqué conjoint de la visite du président malien Assimi Goïta à Ouagadougou le jeudi 5 novembre : le président Traoré, président en exercice de l'AES, y a remercié le Mali pour l'accueil des Burkinabè refoulés de Guinée. Les chiffres annoncés restent toutefois divergents, entre plus de 40 000 personnes recensées à Kourémalé selon Bamako et environ 50 000 selon l'estimation de Ouagadougou, dans l'attente de l'enrôlement biométrique censé fournir des données consolidées.

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