Madar (Nouakchott) - Les députés de l'Assemblée nationale débattront et voteront demain lundi 9 novembre 2026 sur le programme du gouvernement du Premier ministre Mokhtar Ould Djay, qui l'a présenté samedi matin en engageant la responsabilité du gouvernement conformément à l'article 42 de la Constitution. Le ministère des Finances a publié ce dimanche les annexes du projet de loi de finances initiale 2027, dont le "Rapport économique et financier", qui fixe en chiffres le cadre de l'action gouvernementale l'an prochain : des recettes en forte hausse portées par les mines, des subventions et transferts en baisse d'environ 6 milliards d'ouguiyas et un investissement public de 66,1 milliards.
La Conférence des présidents de l'Assemblée nationale avait décidé, lors de sa réunion du jeudi 5 novembre, de programmer une séance plénière lundi à 10 heures pour l'examen et le vote du programme du Premier ministre, et fixé à la majorité des présents la durée totale du débat à 7 heures 20 minutes, selon l'Agence mauritanienne d'information (AMI). Lors de la même réunion, elle a transmis le projet de loi de finances 2027 à la Commission des finances pour une étude approfondie et programmé une séance plénière pour son examen et son vote le lundi 28 décembre 2026.
Le budget dans ses grands chiffres
Selon le Rapport économique et financier, annexe 19 du projet de loi, les recettes totales atteindraient 152,11 milliards MRU en 2027, en hausse de 9 % par rapport à la loi de finances rectificative 2026 (139,52 milliards), contre 145,91 milliards de dépenses et prêts nets (+4 %). Le solde budgétaire global redeviendrait ainsi excédentaire, à 6,20 milliards MRU, soit 1 % du PIB, après un déficit de 0,82 milliard prévu en 2026, des chiffres présentés par le ministre des Finances le 21 octobre après l'adoption du projet en Conseil des ministres.
Le projet repose sur une croissance réelle de 5 % en 2027 après 5,5 % attendus en 2026, une inflation moyenne de 3,3 % après 7,5 % cette année et un baril de pétrole à 87,4 dollars, avec une dette publique ramenée de 36,9 % du PIB en 2026 à 33,1 % en 2027, selon le tableau des hypothèses du rapport.
Le rapport rappelle que la loi de finances rectificative 2026 a sensiblement modifié les équilibres de la loi initiale : les recettes ont été relevées de 128,79 à 139,52 milliards MRU, les dépenses de 132,18 à 140,34 milliards, et les subventions et transferts sont passés de 14 à 23,8 milliards MRU.
Les salaires augmentent, les subventions reculent
Les dépenses courantes reculeraient légèrement en 2027, à 79,81 milliards MRU contre 80,10 milliards en 2026 (-0,4 %), malgré la progression des salaires et traitements de 31,50 à 34,22 milliards et celle des biens et services à 13,51 milliards, compensées notamment par la baisse des subventions et transferts de 23,80 à 17,84 milliards MRU, soit 5,96 milliards de moins. Elles seraient pratiquement stabilisées "à mesure que s'éteignent les mesures exceptionnelles de soutien prises en 2026", explique le rapport. Les intérêts de la dette sont projetés à 4,90 milliards MRU.
Samedi, le Premier ministre avait indiqué devant les députés que le soutien aux prix des carburants et de l'électricité avait dépassé 80 milliards d'anciennes ouguiyas en 2026, et annoncé un ensemble de mesures pour le pouvoir d'achat : révision du mécanisme de fixation des prix des carburants, plafonnement des prix des produits de première nécessité étendu à la viande, soutien aux salaires des fonctionnaires et aux pensions des retraités, et prise en charge d'une partie des factures d'eau et d'électricité des ménages à faible revenu, selon l'AMI. Le Rapport économique et financier s'appuie sur le cadrage budgétaire du 14 octobre, antérieur à l'annonce de ces mesures, et n'en chiffre pas le coût.
66 milliards pour l'investissement
L'investissement public serait en revanche porté à 66,10 milliards MRU (+9,7 %), soit 11 % du PIB, financé à 80 % sur ressources intérieures (52,91 milliards), tandis que les financements extérieurs progresseraient de 36,8 %, à 13,19 milliards MRU. Les dépenses totales reculeraient de 25,1 % du PIB en 2026 à 24,3 % en 2027.
D'après le cadre de dépenses à moyen terme global, quatre ministères concentrent les enveloppes les plus importantes en 2027 : l'Éducation nationale (environ 12,4 milliards MRU), la Santé (environ 6,9 milliards), l'Intérieur (environ 6,1 milliards) et le Pétrole et l'Énergie (environ 3,9 milliards).
Le programme prioritaire d'accès universel aux services essentiels pour le développement local (PPGASLD), doté de 26,44 milliards MRU sur 2025-2027, entre dans sa dernière année. La santé (8,04 milliards) et l'éducation (7,50 milliards) en reçoivent plus de la moitié, devant l'accès à l'électricité (4,04 milliards) et à l'eau potable (2,59 milliards). Il doit notamment permettre de construire 6 115 salles de classe et 104 hôpitaux et centres de santé, de réaliser 939 forages et de financer plus de 2 300 PME portées par des jeunes, selon le rapport. Au 30 septembre 2026, toutefois, 12,44 milliards MRU étaient engagés, pour un avancement physique de 50,77 % contre 71,76 % du délai consommé, l'eau potable (13 %) étant la composante la moins avancée.
S'agissant des marchés publics d'investissement, le rapport recense 104 marchés actifs pour 64,48 milliards MRU engagés, avec 56,65 % d'avancement physique et 37,76 % de décaissement, pour 127,15 % des délais consommés. La phase I du programme de Nouakchott affiche 87,82 % d'avancement physique pour 148,82 % du délai consommé.
La phase II du programme de développement de la ville de Nouakchott prévoit pour sa part 510 salles de classe, des services d'urgence dans quatre centres hospitaliers, trois centres de dialyse, 330 km de lignes d'éclairage public, 70 km de routes urbaines nouvelles et cinq ponts aux carrefours les plus encombrés.
Un cinquième des recettes tiré des mines
Les recettes fiscales s'établiraient à 104,17 milliards MRU (+11,2 %), dont 44,82 milliards de taxes sur les biens et services, parmi lesquelles 20,62 milliards de TVA à l'importation et 9,67 milliards de TVA intérieure, 36,97 milliards d'impôts sur les revenus et les bénéfices et 18,30 milliards de taxes sur le commerce international. Les recettes non fiscales atteindraient 39,52 milliards MRU (+7,7 %).
Le poids du secteur extractif continuerait de s'accroître : ses recettes fiscales et non fiscales passeraient de 26,44 milliards MRU en 2026 à 32,13 milliards en 2027, soit 21,1 % des recettes totales contre 19 %. Les dons reculeraient en revanche à 4,77 milliards MRU (-21,6 %) et ne comprendraient plus que des dons projets, "l'appui budgétaire disparaissant dès 2027", selon le rapport.
Le rapport souligne lui-même que deux hypothèses "méritent d'être examinées" à la lumière de l'exécution 2026 : celle des dons et celle des recettes de pêche, projetées à plus de 10 milliards MRU en 2027 alors que 3,23 milliards seulement ont été recouvrés en huit mois cette année. Le rapport sur les ressources naturelles considère l'expiration du protocole de pêche avec l'Union européenne en novembre 2026 comme "le principal facteur d'incertitude" pour les recettes de pêche l'an prochain.
La règle budgétaire, sans marge
2027 sera le premier exercice d'application de la nouvelle règle budgétaire instituée par la loi organique n° 2026-019 du 1er juin 2026, selon laquelle le déficit primaire hors recettes extractives ne doit pas dépasser 3,5 % du PIB nominal, afin de limiter la dépendance du budget à des ressources minières et pétrolières volatiles. Ce déficit atteint 21,03 milliards MRU dans le projet 2027, soit 3,5 % : le scénario "atteint ainsi le plafond défini par la règle, sans marge significative", note le rapport. La loi de finances rectificative 2026 prévoyait un déficit de 22,18 milliards MRU (environ 4 %), et le déficit calculé à fin septembre 2026 atteignait déjà 18,92 milliards.
Exonérations et dette
Ces chiffres interviennent après la publication du rapport sur les dépenses fiscales, également annexé au projet, selon lequel les exonérations ont coûté 17,6 milliards MRU au Trésor en 2025, soit le quart des recettes fiscales, 97 % des mesures étant des exonérations totales. Le Rapport économique et financier annonce l'élaboration d'une Stratégie des recettes à moyen terme avant fin décembre 2027, qui prévoit de rationaliser les dépenses fiscales, de moderniser la fiscalité minière et d'instaurer une fiscalité foncière digitalisée, ainsi que la généralisation de la valeur transactionnelle en douane avant fin septembre 2028.
Côté dette, une autre annexe projette un encours de la dette financière de l'État de 219,3 milliards MRU fin 2026, dont le quart est détenu par le Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES), devant le Fonds saoudien de développement et l'Association internationale de développement (IDA). Dans son discours, le Premier ministre a affirmé que la dette publique extérieure avait été ramenée sous 40 % du PIB en 2026.
Ce qui parvient au Parlement
Le rapport reconnaît que les réformes ne se lisent pas encore dans les évaluations : l'évaluation PEFA du système de gestion des finances publiques conduite en 2024 conclut à une stagnation de sa performance depuis 2020. Sur 31 indicateurs, 20 conservent la même note, 4 s'améliorent et 7 reculent, avec notamment une faible fiabilité du budget et "une documentation budgétaire insuffisante transmise à l'Assemblée nationale". Depuis la loi de finances 2026, le budget est présenté et voté par programme et non plus par administration, et il reste à installer le débat d'orientation budgétaire, nouvelle étape de la procédure d'adoption des lois de finances, relève le rapport.
Les députés voteront demain lundi sur le programme du gouvernement, tandis que le projet de budget 2027 reste devant la Commission des finances jusqu'à sa séance plénière du 28 décembre.




